Jessica Chatraoui a fondé sa chaîne YouTube de documentaires sportifs À Travers La Rétine en novembre 2025. Elle était alors caissière à Carrefour, comme elle aime nous le rappeler. En moins d’un an, elle est passée de zéro à 150 000 abonnés. Son fait d’armes le plus marquant est un doc sur le sport féminin, « Pourquoi le sport féminin est autant sous-coté ? », qui dépasse 150 000 vues. Ce type de sujet dépassait rarement les 5 000 vues en France jusque-là, selon elle.
Jessica a candidaté au programme BetHer en faisant valoir qu’elle avait été repérée par SocialRama. On est allés l'interviewer quelques jours avant la sortie de son premier livre auto-édité : « 20 Histoires du sport féminin ». Elle y promeut le sport féminin à travers des histoires méconnues de championnes : une joueuse de tennis poignardée en plein match, des jumelles qui échangent leur place pendant une compétition olympique...
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Comment expliques-tu que tu aies décollé aussi rapidement ?
Je pense avoir bien compris certains codes des réseaux sociaux et de YouTube. J’ai fait ce qu’il fallait pour répondre aux besoins du moment, notamment durant la Coupe du monde cet été, où j’ai connu une très grosse croissance. C’était un événement préparé plusieurs mois à l’avance avec toute une équipe, ce qui a fait en grande partie le succès qu’on a connu.
Aujourd'hui, tu vis principalement de ta création ?
Oui, je vis de ma création. Pour partager des chiffres, une vidéo me rapporte entre 500 et 2000 euros en moyenne. Pour simplifier je touche environ 5 euros pour 1000 vues. Aujourd’hui je fais encore essentiellement des vidéos courtes pour des questions de moyens et de temps. Pour aller plus loin, il me faudrait passer au format long mais c’est une toute autre organisation.
Si tu n’étais pas créatrice de contenu, que ferais-tu ?
J'ai travaillé pendant plusieurs années à Carrefour en tant que caissière. Ce n'était pas le job de mes rêves. Aujourd'hui, avec les compétences que j'ai acquises, et si je n’étais pas créatrice de contenus, j'aimerais travailler dans la production vidéo et l'image.
Quelle erreur as-tu faite au tout début et qui t'a beaucoup appris ?
J’en ai fait énormément. La première est de se sous-estimer, mais j’ai compris que je pouvais faire les choses seule. Une vraie erreur a été de trop travailler sans réfléchir. Les temps de réflexion sont très importants. Aujourd’hui, je ne sors pas de vidéos toutes les semaines. Je me fixe des échéances et je m’accorde des temps de pause au milieu pour réfléchir, prendre le temps et aérer mon cerveau. Je laisse beaucoup plus de place à la réflexion qu’à l’action.
La semaine d'accélération BetHer touche à sa fin, qu’est ce qui t’a le plus marqué ?
J'ai été surprise par l'ampleur du programme BetHer. On a reçu des invités de grande qualité dans le son, le montage, le juridique ou les agences. C'est la première fois que je vois un tel projet et un tel dévouement pour aider les femmes créatrices de contenu. Je suis la plus heureuse du monde d'être ici.

Quels conseils retiens-tu ou aimerais-tu partager ?
Je sous-estimais la place et la situation des femmes dans la création de contenu. Par exemple, pour une même collaboration, un homme peut recevoir plusieurs milliers d'euros alors qu'une femme recevrait 0 €. Le genre joue un vrai rôle là-dedans. Ensuite, j'ai reçu plein de conseils techniques sur le son et le montage, évidemment très utiles !. Enfin, rencontrer Nota Bene, qui a 13 ans de carrière sur YouTube, m'a permis de prendre un recul immense par rapport à mes 9 mois d'expérience.
Qu'est-ce que tu vas faire différemment à partir de demain ?
J'ai de la marge de progression sur le son, le montage et le juridique après avoir rencontré Roxane Tyrbas. J'ai aussi rencontré 14 filles extraordinaires dans plein de domaines : musique, architecture, histoire, science, avec qui j'aimerais collaborer. Ma perception des femmes sur les réseaux a changé. Je suis davantage consciente du harcèlement et des messages malveillants que subissent la majorité des créatrices.
Tu dis que tu veux t'engager un peu plus, ça prendrait quelle forme ?
Essayer de mettre en avant plus de femmes dans la création de contenu et faire davantage connaître un projet comme BetHer, qui représente une opportunité extraordinaire pour n'importe quelle créatrice.
On parlait un peu plus tôt du succès rapide que tu as connu et de ta maîtrise des algos des plateformes, mais plus spécifiquement, quelles sont tes mesures de performance plus personnelles ?
Mes ressentis sont très corrélés aux statistiques : quand une vidéo marche, je suis très heureuse, et inversement. Chaque vidéo représente des dizaines ou des centaines d'heures de travail, donc l'impact mental et financier est réel. Mais ayant vécu des situations personnelles et financières bien plus difficiles auparavant, je vis un rêve éveillé depuis 6 mois.
Y a-t-il une collaboration que tu aimerais monter ou un événement que tu aimerais couvrir ?
J'adorerais couvrir le Tour de France, masculin comme féminin, ou la Coupe du monde féminine de football. Je souhaite aussi lancer ma propre marque à la fin de l'année pour vendre mes propres produits et avoir un rapport de force différent avec les marques.
Tu nous en dis davantage ?
Oui, je vais sortir mon premier livre en autoédition le lundi 2 novembre, intitulé « 20 histoires du sport féminin ». Il est écrit avec le Dr Marie-Louise Müller, diplômée d’Oxford, et une équipe de quatre personnes pour l’illustration et le graphisme. Comme je fais du storytelling, décliner ces histoires dans un format physique est très cohérent. Après le succès de la vidéo « Pourquoi le sport féminin est autant sous-coté ? », on a sorti la série de formats courts sur des sportives françaises. L’idée est partie de là.

Quelles créatrices souhaites-tu faire découvrir en dehors de celles que tu as rencontrées ici avec BetHer ?
Dans le sport il y a Natasha Nuñez avec qui je parle beaucoup. Elle parle de football, de sport et d’Amérique latine. Natasha est talentueuse et très généreuse : elle m'a beaucoup aidée à mes débuts. Alors la mettre à l’honneur ici c’est la moindre des choses.
SocialRamaAdrien Vincent
Propos recueillis par Mathilde Girault.