À quelques jours de la présentation du volet France de leur étude annuelle Podcast Pulse, Yann Thébault, directeur général d'Acast pour la France et l'Allemagne, revient sur le podcast vidéo, la monétisation des créateurs et le virage d’Acast vers l'influence.
Fondée à Stockholm en 2014, Acast se présente comme la première plateforme d'hébergement et de monétisation de podcasts en Europe. En France, Acast s’occupe de podcasts aussi variés qu’Inpower, Legend, Hot Girls Only, Contre Soirée, HugoDécrypte… Et si la plateforme se porte bien, le marché français du podcast, lui, sort de plusieurs années de recomposition. Des studios ont fermé (Paradiso Media notamment), d'autres acteurs se sont regroupés (Binge Audio a été cédé à Urbania après sa liquidation, Majelan et Sybel ont subi des sorts similaires) et l'offre évolue vers le multiformat audio + vidéo.
Yann Thébault positive et y voit le signe de maturité d'un secteur qui se structure. Il anticipe même cette année une hausse de 20 à 25 % des revenus publicitaires et d'environ 15 % des écoutes en France.
Et pour garder cette dynamique de croissance, le podcast mise sur la vidéo, la découvrabilité et l'influence. Les résultats de l'édition 2026 de Podcast Pulse pour la France seront présentés lors de la soirée des Acast Stars qui a lieu le 29 septembre prochain, mais Yann Thébault nous a quand même confié quelques chiffres en avant-première.
« Alors que le marché s'écharpe sur les définitions, les auditeurs, eux, suivent simplement les créateurs qu'ils aiment. Ainsi, 9 auditeurs sur 10 suivent leurs podcasteurs préférés en dehors de l'application de podcast et, côté format, si, au niveau international, 88 % des fans de podcasts consomment à la fois de l'audio et de la vidéo, en France, deux tiers des auditeurs commencent un épisode dans un format et le terminent dans un autre. »

Mathilde Girault pour SocialRama : Acast a noué des partenariats avec Apple, Spotify et YouTube. En quoi consistent-ils, notamment sur la vidéo ?
Yann Thébault : Le média se transforme, avec de nouveaux formats, en premier lieu la vidéo. Depuis août, grâce aux accords que nous avons conclus avec les plateformes, certains de nos créateurs peuvent être présents en vidéo sur Apple et y être monétisés, en vidéo comme en audio. Ces plateformes améliorent la découvrabilité, qui reste l'enjeu de fond du podcast. Et nous pouvons désormais délivrer la publicité selon le mode de consommation du contenu. C'est nouveau, et cela va permettre aux créateurs de générer davantage de revenus publicitaires en s’adaptant aux usages.

Avez-vous déjà du recul sur ce que la vidéo change pour un créateur ?
C'est encore tôt pour donner des chiffres, mais on observe clairement une hausse des écoutes chez ceux qui s'y sont mis.
Cela dit, chaque créateur reste libre de ses formats. La vidéo n'est pas une obligation. Certains choisissent de rester en full audio, et c'est une stratégie que l’on respecte.
La vidéo ne risque-t-elle pas de devenir une barrière à l'entrée pour les nouveaux créateurs ?
Son principal avantage, ce sont les formats courts adaptés aux réseaux sociaux : shorts, reels, extraits. Ils augmentent la visibilité. La plupart des créateurs sont donc enthousiastes à l'idée de considérer la vidéo. Néanmoins, cela peut créer des barrières à l'entrée puisque c'est plus coûteux, plus contraignant. Certains créateurs ne sont pas prêts à franchir le pas pour ces raisons-là. Ceux qui gardent leur ADN audio auront leur carte à jouer, j'en suis convaincu. Mais un asset vidéo en plus de l'audio fait progresser les audiences plus vite, c'est indéniable.

Aujourd'hui le nombre des créateurs de contenus est en perpétuelle évolution. Dans cette effervescence, quels ont été vos plus gros succès ces derniers mois ?
De plus en plus d'influenceurs se lancent dans le podcast, c’est un fait, soit en dupliquant ce qu'ils font sur YouTube, soit en lançant un nouveau concept from scratch.
Côté succès marquants, cette année, nous sommes allés chercher Samuel Étienne pour lancer « La Matinée est tienne », devenu en très peu de temps un podcast de référence. HugoDécrypte est aujourd'hui en tête des classements ACPM. Et devant lui, il y a « Legend », qui fait des millions d'écoutes chaque mois sans être mesuré par l'ACPM. Les podcasts de médias traditionnels fonctionnent aussi très bien, comme « L'Heure du Monde ».

On entend toujours qu'on ne peut pas gagner d'argent avec un podcast. Vrai ou faux ?
C'est faux, bien évidemment. Depuis la création d'Acast France et à horizon fin 2026, on aura redistribué environ 30 millions d'euros aux créateurs. Au niveau global du groupe, c'est de l'ordre de 600 millions de dollars. Donc voilà quelques chiffres pour illustrer le fait que le marché du podcast génère des revenus, génère des moyens pour les créateurs, permet d'en vivre pour certains.
À quelles conditions ?
Il faut un certain seuil d'écoute, il faut être lucide là-dessus. Même si tout dépend des objectifs de chacun, pour ma part, j'estime qu'à partir de 100 000 écoutes pour un podcast grand public, on commence à être établi sur le marché et on peut vraiment générer des revenus. Les revenus associés sont variables en fonction des thématiques des podcasts ; cependant, s’il fallait donner une fourchette, je dirais qu’elle se situe entre 2 000 € et 4 000 € par mois. En gardant en tête que ce niveau de revenus devient vite exponentiel avec les audiences grandissantes. Sur des niches très spécifiques bien monétisées, on peut cependant y arriver avec moitié moins d'audience.

Combien de podcasts dépassent ce seuil chez vous ?
Nous accompagnons les podcasteurs les plus actifs, déjà professionnels ou en voie de l'être, au sein de notre Creator Network. Cela représente environ 10 % des podcasts hébergés par Acast France et un tiers d'entre eux dépasse les 100 000 écoutes. Parmi les plus récents, il y a « Continue, tu m'intéresses » de Patrick Baud (lancé en mai 2025), « Entre meufs » de Célia (janvier 2025), « Le Fil mental » de Fabien Olicart (septembre 2025) et « La Matinée est tienne ». En 2019, on rêvait de ce genre de succès rapides. Aujourd'hui, c'est une réalité.
Côté annonceurs, qu'est-ce qui a changé ?
Les marques ont été réactives dès le début. On n'a jamais eu de mal à les convaincre, car le retour sur investissement est prouvé, en ventes comme en confiance ou en notoriété. Les deux formats historiques restent le spot audio, désormais ciblé très finement, et le host read, où l'animateur incarne la marque auprès de sa communauté. Mais la vraie mue est ailleurs. Avec la vidéo et les réseaux sociaux, on est passé à une logique d'influence. Pendant dix ans, on a parlé de podcast advertising. Aujourd'hui, c'est le moment du podcast influence.
Greg Glenday, le patron du groupe, parle d'« influence narrative ». Qu'est-ce que cela recouvre ?
L'influence narrative, c'est la capacité à faire passer un message par le récit. Elle repose sur l'host, qui porte la voix de la marque auprès de sa communauté. C'est propre à ce format.
Sur la mesure d'audience, les standards se multiplient : IAB d'un côté, Spotify et YouTube de l'autre. Quelle est votre position ?
L'audience reste pour nous le critère clé et tout doit partir de là. Nous appliquons la norme internationale de l'IAB : une écoute est comptabilisée à partir de 60 secondes en streaming, ou d'un téléchargement complet pour l'écoute hors ligne. D'autres acteurs poussent leurs propres mesures, ce qui crée de la confusion sur le marché. Pour ma part, je fais confiance à l'IAB.
La France a été pionnière sur l'influence au sein du groupe. Comment cela s'est-il traduit ?
Nous avons pris ce virage il y a trois ou quatre ans, en signant nos premiers influenceurs, comme Anna RVR, avec qui nous avons même organisé un live à l'Olympia avec des marques. Cela a fait boule de neige en interne. Nous voulons aller plus loin sur la vidéo et le live.
Le mot de la fin ?
Nous voulons passer d'une vision un peu limitée du podcast advertising au podcast influence, et nous rapprocher de la Creator Economy. Il s'agit de partir du créateur et de se demander ce qu'il peut permettre de faire pour une marque. C'est une question bien plus intéressante, non ?