La Paris Creator Week se tiendra les 4 et 5 novembre prochains à la Grande Halle de la Villette, à Paris. En seulement trois éditions, elle s'est imposée comme l'événement majeur de la Creator Economy en Europe. SocialRama est ravi d'en être partenaire média cette année.
Au-delà des rencontres et des échanges (3 000 créateurs de contenu sont attendus parmi les 8 000 participants), nous suivrons avec curiosité les interventions de Tibo InShape, Jujufitcats, Max Klymenko ou encore Éric Judor, pour citer les plus connus.
Mais nous écouterons également religieusement Emma Harman (co-CEO de Whalar, désormais intégrée à Accenture Song), le toujours pertinent Jim Louderback ou encore Raj Shah, fondateur et CEO de Coherent Market Insights, qui présentera, aux côtés de Marc Lesage-Moretti, la grande étude annuelle de la PCW sur la Creator Economy.
Paris Creator Week
Comment la Creator Economy est-elle devenue une industrie à part entière ? Marc Lesage-Moretti et Pierre Allary analysent pour SocialRama la structuration du marché, l'arrivée des investisseurs et l'évolution des relations entre marques et créateurs...

Adrien Vincent pour SocialRama : En trois ans de Paris Creator Week, qu'est-ce qui a le plus changé dans la Creator Economy ?
Marc Lesage-Moretti (Jokariz) : Quand on a lancé l'événement, il y avait cette prise de conscience : OK, ça devient une industrie, un vrai business. Les marques travaillaient avec les créateurs surtout pour vendre des produits. Depuis, les choses ont énormément évolué. On est davantage dans l'association d'images, la brand advocacy, avec des partenariats à long terme. Les usages sont nombreux : la marque employeur, la communication financière ou même la communication de crise. En trois ans, on s'est rendu compte que les créateurs n'étaient pas juste des vendeurs d'un produit, mais qu’ils pouvaient devenir de véritables ambassadeurs pour les entreprises et relayer leurs messages.
Pierre Allary : L'autre changement majeur, c'est que le créateur de contenu est devenu un agent économique à part entière, et plus seulement un levier marketing. Comme pour l'agent immobilier ou l'avocat, toute une industrie s'est organisée autour de lui. Il y a trois ans, le terme Creator Economy était à peine utilisé. Aujourd'hui, c'est un véritable marché qui s'est structuré.
La Creator Economy devient donc un nouveau terrain de jeu pour les acteurs de la finance qui travaillent sur les rachats et les ventes de sociétés…
P.A : C'est un des points saillants de cette année, et c'est pour ça qu'on lance un track M&A. On voit les grands acteurs chercher des petites pépites, même si c'est encore moins développé en Europe qu'aux États-Unis. Et de l'autre côté, tu as les creator-led brands, comme les chips de McFly et Carlito. C'est le passage des communautés sur les plateformes à de véritables entreprises. C’est le signe d'une industrie qui se structure et se professionnalise.
M L-M : On est en train de solutionner le problème principal qui freinait le M&A dans la Creator Economy : le key man risk (risque lié à la dépendance d'une entreprise à une personne clé, NDLR). Qu'est-ce que vaut tout l'écosystème Squeezie si Squeezie se prend un autobus demain ? Ces nouvelles marques permettent de résoudre en partie le problème de la dépendance au créateur, en créant des produits qui gardent de la valeur sans lui. Comme le GP Explorer, qui pourrait exister sans Squeezie.

Mais qu'est-ce qui manque encore au marché français pour rattraper les US et même peser davantage à l'international ?
M L-M : Moi, je trouve fascinant de voir notre économie arriver à maturité.
On a les deux bouts de la chaîne : les créateurs, les talents et les investisseurs. Mais il manque tous les intermédiaires : les cabinets d'audit, les avocats spécialisés…
Et j'ai hâte de voir les créateurs français comprendre que ça peut être le next step : intéresser des investisseurs, faire du M&A, pourquoi pas un jour une IPO. Mais pour ça, il faut se structurer.
P.A : Cette économie reste dominée par les Américains. Et, par ailleurs, l'influence est très multilocale : on connaît les créateurs français, on connaît les grands créateurs américains, mais moi, je ne connais pas le top 10 des créateurs allemands. Pourtant, il y a des exceptions. Des profils comme Tibo InShape montrent qu'on peut exporter du contenu français…
M L-M : La Creator Economy, c'est un marché en explosion, avec une croissance de 20 à 25 % par an, qui s'accélère encore.
La France a toujours été forte dans les industries culturelles et créatives.
L'enjeu, c'est de faire de nos créateurs, agences et producteurs une vraie industrie internationale. Mais ça n'arrivera que si on est fédérés et structurés. Et notre grande étude annuelle suit aussi cette évolution. La première année, elle était française, la deuxième européenne, et cette année, elle sera mondiale. Avec deux focus : le M&A et les nouvelles manières de collaborer avec les créateurs. La quatrième, ce sera peut-être la galaxie ! Tous ces chiffres seront dévoilés le 4 novembre, le jour d'ouverture de la Paris Creator Week.

Concrètement, à quoi va ressembler ce changement d'échelle, et qu'est-ce qui vous différencie des autres événements dédiés aux créateurs ?
M L-M : On attend 8 000 professionnels, dont plus de 30 % d'internationaux. Et on passe de Station F à la Grande Halle de la Villette. C'est un vrai challenge.
Je pense que les gens vont prendre une claque, et nous aussi !
P.A : Cette année, nous doublons la dimension de l'événement. C'est vraiment ça : passer d'un événement français à un événement international implanté à Paris, tout en gardant notre équilibre entre créateurs, marques et acteurs de l'écosystème. Et ce qui nous différencie des Cannes Lions ou de South by Southwest, c'est que notre événement est entièrement construit autour du créateur, ce n'est pas un add-on.
On a parié sur la Creator Economy, la Creator Economy a parié en retour sur nous.
Et enfin, on est 100 % B2B, contrairement à une VidCon où la dimension communautaire prend beaucoup de place.
Comment faites-vous tenir toute la Creator Economy dans la programmation d'un seul événement ?
P.A : Notre agenda repose sur quatre grands piliers, avec le créateur au centre. Creator Entrepreneur, de l'upload à l'exit, Brands & Creators, sur les collaborations avec les marques, From Idea to Broadcast, sur la production, et enfin Creator Society, pour débattre des grands sujets comme l'IA ou le cyberharcèlement.
Parmi les intervenants et les conférences de cette troisième édition, lesquels attendez-vous personnellement le plus ?
P.A : Tous les patrons de plateformes ! C'est une vraie fierté d'avoir réussi à faire venir les dirigeants de Twitch, SoundCloud, LinkedIn ou encore YouTube Shopping à Paris. Et puis le nouveau track M&A, qui est un peu mon bébé cette année.
Les partenaires financent une grande partie d'un événement comme le vôtre. Comment éviter que la scène devienne une succession de prises de parole commerciales ?
P.A : C'est plus facile quand tu te mets au service de l'édito. Cette année, on a défini nos sujets très tôt et demandé aux partenaires de s'y insérer. Bien sûr, ils doivent y trouver leur compte, avec les activations, les rendez-vous B2B, les side events… Mais la scène doit rester neutre et équilibrée. Si l'événement devient celui d'un seul acteur, les autres plateformes ne reviendront pas.
M L-M : On a besoin des sponsors pour faire vivre l'événement, surtout cette année avec le changement de lieu et les coûts supplémentaires. Et, on est transparents là-dessus : le business model d'un salon, c'est à 80 % des partenariats, et peut-être 20 % de la billetterie.

Comment allez-vous aborder l’IA dans les conférences de la Paris Creator Week ? Certaines communautés réagissent très mal à son utilisation par les créateurs…
M L-M : Je pense que le rejet de l'IA, c'est un peu franco-français. Je voyais IShowSpeed regarder des animés One Piece faits à l'IA. Lui adorait, sa communauté aussi. En France, on a davantage cette peur que l'IA nous remplace. J'ai l'impression de ne faire que prendre des décisions toute la journée, je passe beaucoup moins de temps à exécuter.
P.A : Moi, j'ai proscrit la question : « L'IA, opportunité ou menace pour les créateurs ? » Je l'ai entendue 163 fois aux Cannes Lions ! Oui, l'IA est un accélérateur dans une économie qui accélère. Elle rend la création accessible à plus de gens. Mais si tout le monde court à 10 km/h et que certains peuvent courir à 20, l'écart va forcément se creuser. À la PCW, on veut montrer les usages concrets de l'IA, sans oublier les dérives.
Votre association ressemble finalement à ce que vous racontez de la Creator Economy : un créateur qui devient entrepreneur, et un entrepreneur qui apprend à devenir créateur. C'est comme ça que vous voyez votre duo ?
M L-M : Pierre pilote le développement de la Paris Creator Week et l'ensemble des opérations. Moi, je m'occupe plutôt de la communication et de la vision macro. Sur la stratégie, on décide ensemble. Et puis notre relation a évolué. Au début, je n'avais pas l'expérience entrepreneuriale que j'ai aujourd'hui. Désormais, je nous vois plus comme deux entrepreneurs avec des manières complémentaires de fonctionner.
P.A : C'est d'ailleurs comme ça que ça a commencé quand il a lancé la chaîne Jokariz, que j'ai rejointe au bout d'un an. Je suis venu pour doper ce premier business naissant et en faire une vraie activité économique. Puis, ensemble, on a lancé la Paris Creator Week.
Et en même temps, c'est vraiment à l'image de notre projet : un créateur qui s'entrepreneurialise et un entrepreneur qui se créatise.
Propos recueillis par Adrien Vincent.
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