Conçu par l’agence LoopIn pour promouvoir la diversité dans la Creator Economy, ce programme gratuit a accompagné cette année 15 créatrices émergentes. Rencontre avec Nawal Stouli, cofondatrice et présidente, qui nous livre son regard sans langue de bois sur la responsabilisation du secteur et la juste collaboration avec les créatrices et créateurs.



Elle-même créatrice YouTube à ses débuts en 2013, passée par la production TV (chez Coyote), Nawal Stouli a accompagné l'éclosion de figures majeures comme HugoDécrypte, Micode ou encore Cyrus North. En 2021, elle cofonde LoopIn, structure spécialisée dans le contenu d'« edutainment » (culture, sciences, histoire, société), appuyée par une technologie interne de gestion et de transparence financière, qui représente aujourd'hui une quarantaine de talents.

Un plafond de verre persistant. Selon une étude menée par LoopIn et Kolsquare auprès de 95 765 profils, si les femmes représentent 50 % des créateurs de contenu en France, seules 18 femmes figurent dans le top 100 YouTube. C'est pour contrer ce déséquilibre qu'a été créé le programme BetHer, coécrit avec Marie Camier Théron et soutenu par Orange, Engie et la Scam (qui héberge l'initiative). Juridique, business, production et réseau : l'accélérateur offre un accompagnement à 360° assorti de vrais contrats de production vidéo financés par les sponsors.



Nawal Stouli

Mathilde Girault pour Socialrama : Comment vous situez-vous sur le marché avec votre positionnement singulier et votre engagement pour une influence plus transparente et responsable ?

Nawal Stouli : Sur le secteur de l’edutainment, nous sommes plusieurs sur le marché, sans compter les grosses agences de gestion de créateurs de divertissement ou de lifestyle. Le marché a pris un gros virage vers plus de transparence et de régulation, et je pense que même les plus grosses agences du marché partagent cette démarche et ces valeurs désormais.

Dans quels univers évoluent vos talents ? Y a-t-il des thèmes sur lesquels vous voyez des opportunités non encore transformées ?

On couvre un spectre très large : l’histoire avec Manon Bril ou Thibault de La Folle Histoire, les sciences avec Scilabus et Balade Mentale, l’information, la société et la philosophie avec Cyrus North ou Camille Reporter, la physique-chimie, la linguistique avec Athéna Sol, la tech, l’IA, ainsi que le bricolage et la rénovation.

Certaines thématiques sont forcément plus rémunératrices que d’autres. La critique et la vulgarisation littéraires ou le secteur culturel de manière globale disposent de budgets plus réduits que la vulgarisation en technologie ou en sciences.

Est-ce que vous allez chercher les créateurs ou ce sont eux qui viennent à vous ?

Les deux. On a la chance d’être très sollicités, ce qui implique aussi de devoir beaucoup dire non. Ma responsabilité est de préserver mes équipes et de maintenir une croissance saine et économiquement équilibrée. Certains secteurs étant plus difficiles à sponsoriser, comme le bricolage actuellement en crise, je veille à garder un équilibre dans notre roster sans créer de concurrence interne inutile.

Qu’est-ce que le projet BetHer et d'où est-il né ?

Il y a quatre ans, les premières créatrices accompagnées chez LoopIn arrivaient dans des situations économiques bien plus précaires que les hommes, malgré des chaînes puissantes. Sans un accompagnement dédié, certaines auraient arrêté, comme Manon Bril, qui avait pourtant déjà 300 à 400 000 abonnés.

Inspirée par mon passage dans l’accélérateur WILLA (NDLR : Créé en 2005, WILLA est un incubateur et accélérateur qui accompagne les femmes et les équipes mixtes dans le développement de startups tech), j’ai conçu un programme intensif d’une semaine pour soutenir et maintenir les créatrices dans l’écosystème. Avec Marie Camier Théron, nous avons coécrit le projet. Orange est intervenu dès le début en finançant à 100 % le programme pendant trois ans. Pour la quatrième année, afin d’accueillir 15 créatrices au lieu de dix, Engie nous a rejoints comme second sponsor et la Scam nous héberge au cœur de Paris.


Les sponsors ne versent pas une simple bourse, ils fournissent du travail concret aux créatrices sous forme de contrats de production vidéo.

C’est aussi pour ce travail de curation préalable qu'ils sont là : il est difficile pour les entreprises d'accéder à ces profils hors lifestyle. BetHer leur fait gagner un temps précieux en y intégrant un critère de diversité.

la promo 2026 de BetHer

Pour terminer, quels sont vos trois conseils pour une marque qui souhaite travailler avec des créateurs de contenu éducatif ?

Il faut du temps, du lâcher-prise et de l’argent.
Du temps. Contacter les créateurs au dernier moment ne fonctionne pas. Leurs plannings sont bouclés, il faut anticiper les grandes campagnes. Il est facile de prévoir certains temps forts autour des marronniers comme Noël, VivaTech, événements d'entreprise, etc.
Du lâcher-prise. Le créateur n’est pas un comédien et on ne peut pas lui dicter un texte au mot près. Il faut lui laisser sa liberté éditoriale pour qu’il s’adresse à sa communauté avec son ton propre. Les marques doivent valider le fond, mais pas intervenir sur la forme.
De l’argent. La création de contenu est un véritable travail qui nécessite d’être rémunéré à sa juste valeur.

L'interview est également disponible en audio, juste ici.

Nawal Stouli LoopIn pour SocialRama- 28 septembre 2026.mp3

Propos recueillis par Mathilde Girault pour SocialRama.

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