Et cette anomalie dépasse le simple cas de Legend. Dans le dernier classement des podcasts publié en juillet par l’ACPM, organisme de référence et certificateur de l’audience des médias en France, pas non plus de trace du Couch de Lena ni de Sip & Gossip de Maghla… Et pourtant, comme s'en vante l’ACPM sur son site, « ses données jouent un rôle clé dans un secteur des médias particulièrement concurrentiel ».

Cette absence est, en fait, symptomatique d’un problème plus profond : les limites actuelles de la mesure d’audience des podcasts. Un sujet aussi vieux que le podcast lui-même, qui mérite que l’on s’y penche aujourd’hui, alors que la bataille des chiffres prend une nouvelle dimension.

Car si les chiffres publiés par l’organisme censé faire « référence sur le marché des médias » ne reflètent pas les usages réels, c’est toute la crédibilité des classements qui est remise en question. Comment convaincre les annonceurs d’investir dans le format podcast si l’indicateur de base qu’est l’audience s’effrite à la première considération ?

Extrait du classement podcasts de l'ACPM (07.26)

De l’autre côté, les audiences revendiquées par Legend donnent le vertige : environ huit millions d’écoutes audio mensuelles, la première place des classements Spotify et Apple Podcasts France, ainsi que plus de deux milliards de vues cumulées sur YouTube. Le média de Guillaume Pley suscite une curiosité à la mesure de son succès business. Et ce leadership ne s’arrête pas aux chiffres : son influence sur l’opinion publique n’est plus à minimiser, comme le soulignait l’enquête du Monde parue récemment.

Pourtant, la raison de son absence est assez simple. C’est aussi là que réside le problème. La certification « à la française » est payante et volontaire. Pour apparaître dans les classements, un éditeur doit adhérer à l’ACPM et faire certifier l’ensemble des podcasts de sa marque. Legend, comme beaucoup d’autres acteurs indépendants, ne l’a pas fait et ne veut pas le faire.

Le classement Podcasts de Spotify (15.07.26)

Sa position de numéro un repose donc exclusivement sur les compteurs de Spotify, d’Apple Podcasts, de YouTube et sur les statistiques de son hébergeur Acast, certifié IAB, la norme internationale de mesure des audiences de podcasts. Ces données restent toutefois la propriété de l’éditeur. Autrement dit, aujourd’hui, de nombreux podcasts se mesurent uniquement à l’aide des outils de ceux qui les monétisent.

Le classement Apple Podcasts (15.07.26)

Attention, toutefois, au raccourci. Si YouTube affiche, a priori, davantage de transparence, son compteur public n’est pourtant pas la panacée que l’on pourrait imaginer. Il est autodéclaré par la plateforme elle-même, et la vérification indépendante qui existe porte sur les métriques publicitaires (visibilité, trafic invalide, brand safety), mais pas sur le compteur de vues affiché au grand public.

Les infos YouTube de Legend

Pour ce qui est du podcast, l’asymétrie reste totale. D’un côté, une mesure indépendante et rigoureuse, celle de l’ACPM, qui s’appuie sur des téléchargements « valides », le filtrage des robots et le dédoublonnage sur 24 heures, mais reste confinée à son périmètre d’adhérents et compte, de surcroît, une diffusion plutôt que des auditeurs (voir notre encadré en fin d'article). De l’autre, des chiffres spectaculaires, mais autodéclarés, difficilement vérifiables ou simplement accessibles.

À qui profite ce flou ? Aux plateformes, d’abord, qui définissent elles-mêmes ce qui « compte ». Spotify a ainsi aligné, en juin, son compteur public sur le « play » à 30 secondes de l’Alliance for Open Media Podcast Measurement (AMP)*, un standard qu’il a contribué à élaborer. Aux grands éditeurs, ensuite, pour qui la confidentialité des données reste un levier de négociation publicitaire.

Qui pénalise-t-il ? Les annonceurs, incapables de comparer des chiffres qui ne parlent pas la même langue.

« Le podcast arrivait en dernier dans mes recommandations, car on ne pouvait pas mesurer ce qu’on investissait. C’était une grande frustration », nous avouait récemment Guenadi Hochart, consultant en influence marketing et ancien collaborateur de l’agence Marie-Antoinette.

L’AMP chiffre à un milliard de dollars les investissements perdus faute de confiance dans la mesure du podcast. Mais aussi les podcasteurs indépendants, aux audiences moins massives, invisibles dans les classements de référence. Et le marché français dans son ensemble, dont le poids réel demeure difficile à évaluer. Tout porte à croire qu’une forme de réticence à partager les chiffres continue d’y régner. Peut-être par peur de ne pas savoir les interpréter ?

Pour comprendre qui a intérêt au statu quo et qui pousse pour en sortir, SocialRama ouvre une série d’entretiens avec les acteurs du marché : instituts de mesure, hébergeurs, plateformes, agences et éditeurs. Premier épisode avec Manuel Diaz, CEO de /Influx, le producteur de Legend :
Manuel Diaz, CEO /influx et producteur de Legend, revient sur la mesure d’audience du podcast
La mesure d’audience du podcast n’est pas satisfaisante. SocialRama ouvre une série d’entretiens avec les acteurs du marché. Premier épisode avec Manuel Diaz, CEO de /influx, le producteur de Legend et acteur majeur de la Creator Economy.

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La mesure à la française comment ça marche ? 
Le poids réel du podcast dans la consommation média des Français demeure encore difficile à évaluer. Non pas que les chiffres manquent, mais plutôt qu’ils sont nombreux et ne mesurent pas du tout les mêmes choses.
La mesure de référence des podcasts, qu’ils soient natifs ou en replay, repose, depuis fin 2025, sur une plateforme technique commune à l’ACPM et à Médiamétrie. Son principe est simple : analyser les logs des serveurs de diffusion (éditeurs ou hébergeurs), transmis à l’ACPM, qui les collecte, les contrôle et les certifie. La méthodologie applique les standards internationaux de l’IAB Tech Lab.
Cette approche présente toutefois plusieurs limites. Les outils conformes aux standards de l’IAB mesurent des téléchargements, là où les annonceurs s’intéressent avant tout au temps d’écoute. La certification porte sur la diffusion des fichiers, et non sur les auditeurs. Enfin, comme nous l’évoquons dans cet article, les baromètres de Médiamétrie et de l’ACPM ne couvrent que les acteurs qui y adhèrent et laissent de côté de nombreux podcasts pourtant massivement écoutés. Quant aux plateformes, elles s’appuient sur ces limites et sur les attentes présumées des annonceurs pour défendre leurs propres outils de mesure.
Pour y remédier, Médiamétrie travaille sur un modèle hybride de mesure audio, attendu à l’horizon 2027, qui combinerait les deux instruments dont elle dispose déjà : les logs des serveurs (recensement exhaustif des fichiers diffusés) et ses panels d’auditeurs. Ce système hybride, mêlant données déclaratives et tracking automatique, vise à transformer un comptage de fichiers en une audience au sens publicitaire du terme. Un « Total Audio » couvrant l’ensemble des formats et des modalités d’écoute.

* Le 4 juin 2026, l’Alliance for Measurement in Podcasting (AMP) ratifiait, à l’unanimité de ses membres, certes peu nombreux, un cadre reposant sur quatre définitions, dont celle d’un « play » unifié : 30 secondes de contenu écouté ou regardé, comptabilisées une seule fois par utilisateur et par session, aussi bien pour l’audio que pour la vidéo. L’AMP n’est pas un organisme de normalisation neutre. Cette task force a été constituée en juillet 2025 à l’initiative d’Oxford Road, la plus grande agence mondiale d’achat publicitaire dans le podcast, et ses 12 membres votants sont majoritairement des annonceurs et des vendeurs.

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