Pendant trois jours, une centaine de créateurs de contenus se retrouvaient dans le parc du château de Jambville, pour la seconde édition du festival Déclic, organisé à l’initiative du mouvement « On est prêt ». Socialrama y était.

Le contexte : le collectif « On est prêt » est un mouvement de mobilisation citoyenne lancé en 2018 autour des enjeux de climat et de justice sociale. À son actif notamment, la mobilisation sur les réseaux sociaux autour de la campagne « Notre affaire à tous », qui a abouti à la reconnaissance de la responsabilité de l’État pour inaction climatique, ou, plus récemment, l’amplification de la pétition contre la loi Duplomb. En trois ans, le mouvement a formé plus de 200 créateurs et créatrices de contenus via son programme « Déclic », sous forme de résidences en petits groupes. Un dispositif complété par le Festival Déclic, en temps fort annuel.

C’est en pleine forêt, dans un domaine appartenant aux Scouts de France, que le mouvement « On est prêt » organisait la seconde édition de son festival Déclic. À la sortie de la deuxième vague de canicule de l’année et à un an de l’échéance présidentielle, l’association et ses partenaires y réunissaient une centaine de créateurs et créatrices de contenus de tous horizons afin de leur faire « ressentir l’urgence et le sens des transitions écologiques, sociales et démocratiques ».

Au programme : une trentaine d’ateliers, groupes de parole et conférences, complétés par des moments festifs et conviviaux. Les thèmes abordés pendant ces trois jours sont larges et variés, allant de la censure des contenus féministes sur les plateformes aux enjeux alimentaires ou de santé, en passant par l’éco-anxiété, le cyberharcèlement ou les questions démocratiques.

« Les créateurs et créatrices de contenu sont souvent seuls, ils ont besoin de collectif. Ils ont aussi besoin d'être alimentés en informations, parce que ça les aide à produire leur contenu. Pour nous, c'est l'occasion de les faire rencontrer des personnes expertes de leur domaine, des chercheurs, des scientifiques, ainsi que des personnes de terrain, des activistes, des ONG »,

explique Caroline Span, présidente de « On est prêt », à peine sortie d’un « débat mouvant » qu’elle animait aux côtés d’Aïna Abdallah, de l’association « Ma Cité Va Voter », sur le thème : « À quoi ça sert d’aller voter ? »

« Ce sont des milieux qui, en principe, se croisent peu, mais quand ils se croisent, ça peut faire naître des campagnes, faire émerger des thèmes, des mobilisations, des interpellations ! » ajoute-t-elle. Preuve en est le succès de la mobilisation citoyenne contre la loi Duplomb l’an dernier, portée et amplifiée par les 70 influenceurs réunis au premier festival Déclic, avec à la clé une pétition signée par plus de deux millions de personnes sur le site de l’Assemblée nationale.

S'ils partagent des sensibilités et des valeurs communes, tous les créateurs de contenus présents à Jambville ne sont pas pour autant engagés, même si les figures de l’écologie (comme @melanie_en_veganie, @girl_go_green, @ophelietamerenature ou encore @vivremoinscon) et du féminisme (@ovairestherainbow, @marionseclin, @Littlebunbao) sont évidemment bien représentées.

« L'idée, c'était, au-delà de notre noyau dur, d'aller chercher des personnes qui ne sont pas engagées sur leurs réseaux sociaux : soit parce qu’elles sont complètement dépolitisées, soit parce qu’elles n'osent pas prendre la parole auprès de leurs communautés »,

explique Ludovic Maugère, responsable influence de l’association, qui souligne que « si on reste entre personnes convaincues et déjà sensibilisées, on va se parler entre nous et on ne changera jamais rien. »

Au détour d’un cercle de parole, d’un « shift » vaisselle (le camp est organisé selon les principes de l’autogestion, chacun étant invité à contribuer à sa bonne marche), d’un déjeuner vegan ou même d’un simple brossage de dents, on rencontre ainsi des créateurs positionnés aussi bien sur la mode, les sciences, la cuisine, l’humour ou l’éducation. Et même une sirène professionnelle devenue experte en gestion des trolls et haters !

Des marques comme Bjorg, Back Market ou La Nef, banque coopérative engagée dans le financement de projets à impact positif, (mais pas Sojasun, qui aurait pourtant pu y avoir sa place) sont également associées à l’événement : leurs représentants ont pu profiter d’un temps de networking dédié pour se rapprocher des créateurs et créatrices de contenus.

Une présence qui fait sens, comme l’explique Ludovic Maugère : « Il y a souvent la peur que le fait de parler de sujets engagés ait un impact négatif sur la communauté et les partenariats commerciaux. Nous avons donc aussi cet objectif de sécuriser les gens qui s'engagent ou qui ont du mal à le faire en leur disant : “Et si tu faisais le premier pas avec une marque engagée ?” Nous travaillons pour cela avec des marques qui ont intérêt à être connectées à des créateurs de contenu. C’est gagnant-gagnant. »

Dézoom : Alors que se pose la question du rôle que joueront les influenceurs de tout bord dans l’élection présidentielle, les enjeux démocratiques étaient l’un des principaux fils rouges de l’événement. Engagé mais non partisan, le mouvement « On est prêt » entend peser dans la « bataille culturelle », mais en restant fidèle à une conviction, rappelée par Ludovic Maugère : « Il n’est pas nécessaire de taper sur l'extrême droite et encore moins sur leurs électeurs pour faire avancer le débat. Il suffit d’en revenir aux faits. »

Propos recueillis par Benoit Zante.

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