Le contexte : Dans la première édition du rapport, en 2025, le marché de la Creator Economy en France était estimé à 8,1 milliards de dollars. Cette deuxième édition élargit l’étude au marché mondial et ajoute un volet consacré aux fusions-acquisitions et un autre aux nouvelles formes de collaboration entre marques et créateurs. Comme l’an dernier, le périmètre retenu additionne tout ce qui est payé pour des contenus de créateurs : les dépenses des annonceurs (partenariats, revenus publicitaires générés sur les contenus, commissions d’affiliation), les paiements des audiences (abonnements, dons) et le merchandising. Le volume de ventes du social commerce, les creator-led brands et la valorisation de leurs entreprises restent en dehors du calcul.

Avec 10,1 milliards de dollars, la France se positionne au 3e rang européen et au 7e rang mondial de la Creator Economy, derrière les États-Unis (69,8 milliards), la Chine, le Canada, l’Allemagne, l’Inde et le Royaume-Uni.
Les annonceurs financent 77,3 %
de ce marché en France.
À l'échelle mondiale, sur 100 dollars dépensés par les annonceurs, 42 vont aux plateformes, 36 aux créateurs, 14 aux outils et prestataires techniques et 8 aux agences. Une fois intégrés les abonnements, les dons et le merchandising (des rémunérations qui proviennent directement des audiences et non des marques), les créateurs français conservent 45,4 % de la valeur du marché, soit un peu plus que la moyenne mondiale (42,6 %). Par catégorie de contenus, le lifestyle arrive en tête (3,6 milliards de dollars, dont 1,7 milliard pour la beauté et la mode), devant le gaming (2,2 milliards).

À noter : la croissance du marché français de 23,7 % en un an est environ deux fois plus rapide que celle observée entre 2020 et 2025 (11,8 % par an). À horizon 2030, le rapport projette un marché français de 24,3 milliards de dollars.
6 000 créateurs captent 30% de la valeur du marché français
Du côté des créateurs, le rapport compte 465 000 créateurs actifs en France (ayant plus de 1 000 abonnés et des publications régulières), dont 330 000 en tirent un revenu. Ces revenus ont la particularité d’être très concentrés : ils sont un peu moins de 6 000 (soit 1,8 % des créateurs monétisés) à gagner plus de 100 000 dollars par an et à capter 29,1 % de l’ensemble de la valeur produite par le marché en France. Coherent Market Insights pointe toutefois un retard de monétisation par rapport à d’autres marchés : la valeur par créateur actif est inférieure de 14 % à la moyenne des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Allemagne (21 694 dollars contre 25 365).
En termes d’emploi, le secteur représenterait l’équivalent de 227 000 emplois à temps plein et une valeur ajoutée directe de 6 milliards de dollars, soit 0,17 % du PIB.

M&A : une consolidation qui démarre en France
À l’échelle mondiale, le rapport recense, d’après les données de Quartermast Advisors, 87 acquisitions dans la Creator Economy en 2025, contre 69 en 2024, puis 70 au premier semestre 2026. En France, il répertorie 13 opérations depuis 2021, dont presque la moitié sur 2026 : le rapprochement de Ykone et Mirror Mirror au sein de ONE (200 millions d’euros de chiffre d’affaires, environ 480 salariés), le rachat de l’autrichien Storyclash par Kolsquare, l’acquisition par Banijay des droits du format « Stop the Train » d’Unfold (la société de Squeezie), le rachat de l'agence Format par Havas, l’entrée de FG Bros (le family office de la famille Frère) au capital de Legend à hauteur d’environ 25 % pour 17 millions d’euros (valorisant le média autour de 68 millions d'euros), et le rachat de Point d’Orgue par Publicis, dont nous avions parlé ici.
Pour l’heure, aucun fonds d’investissement n’a encore lancé de stratégie de rachats en série d’agences d’influence ou de talents. C’est, selon les auteurs du rapport, la prochaine étape probable… Pierre Allary et Marc Lesage-Moretti aka Jokariz, co-fondateurs de la Paris Creator Week, nous en parlaient il y a quelques semaines dans une interview à retrouver juste ici.
Dézoom : Comment expliquer l’écart entre la France et ses voisins ? Le rapport liste plusieurs freins structurels :
- Les entreprises de créateurs vivent surtout sur leur trésorerie, et les investisseurs arrivent tard ;
- les aides publiques, conçues pour l’audiovisuel en français, laissent de côté le gaming, l’info et le divertissement ;
- l’audience étrangère se monétise mal : 60 % du temps passé sur les vidéos YouTube françaises vient de l’étranger, mais surtout de pays francophones où la publicité se vend à bas prix, et les versions en anglais ou doublées restent rares ;
- la plupart des créateurs restent à la tête de micro-entreprises, sans formats (ces fameuses IP) ni marques à eux.
Pour faire émerger des leaders français, les auteurs recommandent donc que les créateurs développent leurs propres formats, des marques et des studios, au lieu d’enchaîner les opérations ponctuelles avec les annonceurs, et qu’ils pensent l’export dès la conception de leurs contenus (doublage, versions anglaises, coproductions). Ils appellent aussi à créer des fonds dédiés, à nouer des partenariats de long terme avec les géants français du luxe, de la mode et de la beauté, à ouvrir les aides publiques au gaming et au développement des entreprises, et à établir des standards de mesure qui rassurent les marques.
