Voilà qu’à la faveur d’un été caniculaire qui ne voulait pas s’achever, alors que se tenait à Roland-Garros la réunion des entrepreneurs dite « la REF », notre algosystème feed-médiatique a enfanté son nouvel appeau à controverses, cascades et clashs : MC Pao.
Entrepreneur, héritier d’un empire hospitalier italien, reconverti en gestionnaire d’un label de rap et maintenant créateur de contenus, il met en scène dans nos feeds, soutenu par des sons à la qualité douteuse, une vie de richesse faite de jets et de soirées privées, qui n’est pas sans rappeler aux enfants de la télé et de la presse people notre fascination voyeuriste pour les reportages sur Massimo Gargia et la jet-set.
Alors que la Fête de l’Humanité battait son plein le week-end dernier, il serait simpliste de voir dans l’omniprésence de MC Pao dans nos feeds uniquement la résultante du rage-baiting des 99,99999 % contre les 0,00001 % qui ont réussi grâce à leurs talents entrepreneuriaux, sans s’interroger sur la place que l’ostentation occupe dans la capacité à capturer l’attention des foules.

De Supercar Blondie au garage de GMK à la destruction volontaire de Cybertrucks, les créateurs ont depuis longtemps compris que l’ostentation était l’un des hooks ultimes au service de leur visibilité sur les réseaux et que montrer sa richesse était le meilleur moyen de devenir riche sur les réseaux sociaux.

Il n’est d’ailleurs pas étonnant que l’Administration chinoise du cyberespace ait depuis longtemps dans le viseur de sa censure modération les contenus qui « prônent l’étalage de richesse et le culte de l’argent », et qu’en 2024, le Kim Kardashian chinois ait disparu des feeds aussi rapidement que l’ancien PDG d’Alibaba. Une modération des contenus que certains analystes du luxe voient d’ailleurs comme l’un des facteurs de l’émergence duquiet luxury. Une tendance et un segment business qui, en vendant un tee-shirt The Row à 1 250 €, permettent à son propriétaire de démontrer qu’à moins de 50 ans, il a réussi sa vie, et aux marques de luxe de ne pas se priver d’une présence sur les réseaux d’un marché chinois qui représente un quart de leur chiffre d’affaires.
Il est peu probable que notre ARCOM, déjà bien occupée à définir les notions de carte blanche et de pluralisme dans l’audiovisuel public, se charge de réduire MC Pao au silence. Il ne tient donc qu’à nous, public, de ne pas succomber au racolage actif de MC Pao, qui n’est finalement qu’un énième gigolo de notre attention.
I’m just a gigolo and everywhere I go,
People know the part I’m playin’.
Pay for every dance,
sellin’ each romance,
Ooohh what they’re sayin’?
There will come a day,
when youth will pass away,
What will they say about me?
When the end comes I know,
there was just a gigolo’s
Life goes on without me.
’Coz I... Ain’t got nobody and there’s
Nobody cares for me, there’s
Nobody cares for me
I’m so sad and lonely, sad and lonely, sad and lonely
Won’t some sweet mama come and take a chance with me?
Cause I ain’t so bad.