« Cela ne nous regarde pas » aurait pu être la règle que s’applique le méta-chroniqueur face à la polémique Michou à la Coupe du Monde 2026. En effet, l’énième version de la fable moderne du journaliste vertueux et diplômé face à l'influenceur/créateur illégitime ne semblait pas, à première vue, apporter une contribution notable à la compréhension de la tectonique des plaques de la Creator Economy.

En effet, que les journalistes sportifs s’offusquent du recrutement de Michou comme ambianceur du Mondial pour M6 paraît bien logique. Depuis 20 ans, la profession de journaliste sportif s’est diluée dans un commentariat radio-télévisé de talk-shows où l’opinion prime et où les animateurs, les forts en gueule et les anciens sportifs consultants sont bien au chaud sur les plateaux pendant que les journalistes diplômés se caillent les miches sur les bords des terrains (voire finissent en prison #freegleizes).

Si à cela on ajoute la perspective de l'IA, qui pourra bientôt peut bâtonner du commentaire sportif en live, les prises de parole de Laurent Luyat et Cécile Grès, taxés de corporatistes, ne sont au final que des appels au secours d’une espèce profession en voie de disparition.

C’est néanmoins en regardant la vidéo de la conférence de presse du dispositif XXL prévu par M6 pour la Coupe du Monde que l’on se rend compte que le plus gros déclassement dans la pièce n’est au final pas celui des journalistes sportifs par Michou, mais de la chaîne elle-même. L’ADN auvergnat de la « petite chaîne qui monte » est bien connu et l’on ne s'étonnera pas que, sur la forme, le lieu sélectionné soit digne d’un décor de Caméra Café avec moquette grise, mange-debouts et mini-viennoiseries offertes par la direction.

Mais sur le fond, M6 a signé le deal de sa vie en devenant le principal diffuseur de la Coupe du Monde en France, tout en mettant à risque son pronostic vital (à 120 M€, les experts s'interrogent sur la capacité à rentabiliser l'opération) pour des matchs qui seront diffusés tard, voire trop tard, pour ses potentiels annonceurs. La conférence de presse du dispositif XXL renvoie pourtant l’image d’un audiovisuel français qui pense en XXS. La lecture du kit de presse pourrait se résumer ainsi : « Nous avons les droits, viendez. On va peindre tous les programmes de la chaîne aux couleurs de la Coupe du monde, viendez. Et au fait, pour ceux qui n’aiment pas le foot, on a pris une star de l’Internet : Michou. Viendez. » Ne manquait alors qu’un dab de David-Philippe Larramendy afin que le facepalm soit complet.

Alors que cet hiver, le Creator Collective de NBC a réenchanté et rehypé les audiences US pour les JO, que la FOX a lancé son Fox Sports Creator Club pour la Coupe du monde 2026, que TikTok envoie 30 créateurs couvrir la Coupe du monde et que l’on imagine que YouTube ne va pas se contenter de couper les citrons sur le bord du terrain, M6 rate une opportunité d'être la grande chaîne du PAF qui monte encore.

Charge maintenant à Michou, de démontrer par son naturel contagieux qu'il n’est pas uniquement le guest par défaut d’un audiovisuel français qui peine à se penser en 2026. Charge maintenant à Michou de démontrer par sa créativité instinctive qu'il n'est pas uniquement un complément de couverture d'audience à l'attention des annonceurs. Charge maintenant à Michou d'être le créateur de contenu qui fait entrer l'audiovisuel français dans le XXIème siècle. RDV le 11 juin sur M6 !

Charge maintenant à Michou d'être le gestionnaire de fast-food créateur de contenu qui fait entrer l'audiovisuel français dans le XXIème siècle. RDV le 11 juin sur M6 !

Il va y avoir du sport
mais moi j'reste tranquille...

_texte modifié le 22 mai 2026_

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