Lancé par deux Français (Alexis Barreyat et Kévin Perreau), BeReal a connu un succès mondial en 2022, avec son concept de photos éphémères « Front & Back », à rebours des contenus mis en scène sur Instagram et TikTok. Rachetée après un petit passage à vide par le spécialiste des applications mobiles Voodoo en 2024, la plateforme revendique aujourd’hui un chiffre d’affaires mondial de 30 millions d’euros, avec plus de 40 millions d'utilisateurs actifs mensuels, dont la moitié en Europe et 5,5 millions en France. 70 % des utilisateurs ont entre 18 et 27 ans. Cette audience se montre particulièrement engagée : 70 % postent tous les jours. En effet, pour pouvoir débloquer son feed et voir les contenus de ses amis et des comptes suivis, il faut poster son propre BeReal : une mécanique redoutable.

Challengé jusque dans son modèle par Instagram, qui a lancé le 13 mai, « Instants », une fonctionnalité inspirée de ses contenus instantanés, BeReal doit continuer d'accélérer. Pour cela, l'application multiplie ses intégrations de personnalités et partenariats. Dès octobre 2025, Baghera et Cocotte apparaissaient déjà dans un cliché publié par BeReal sur Instagram. En février, des supers créateurs comme Inox, Anyme, Joyca, Mastu et Seb rejoignaient à leur tour la plateforme. Une nouvelle étape pour BeReal, qui cherche désormais à structurer son modèle économique sans renier son ADN.

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Marion Bayet, Responsable des partenariats créateurs chez BeReal, revient sur le programme créateurs, les collab avec les marques, la rémunération des personnalités et les outils mis à leur disposition. Elle aborde aussi le grand défi de BeReal : inventer un modèle de créateurs sans algorithme.

Un virage porté par le rachat de Voodoo

Benoît Zante : Vous avez créé le programme créateurs de BeReal en septembre 2025. Pour quelles raisons ?

Marion Bayet : Quand je suis arrivée chez BeReal [en juin 2025, initialement pour travailler sur le développement de l’audience via des initiatives offline], j'ai été un peu étonnée de voir qu'il n'y avait pas encore de programme créateurs chez BeReal. Des créateurs étaient déjà présents sur l’application, mais pour la plupart en privé et de façon pas vraiment structurée. En parallèle, la régie publicitaire se mettait en place et les marques commençaient à vouloir mener des campagnes avec des créateurs. L’opportunité était donc assez claire : des marques en demande, des créateurs présents mais peu visibles, et un modèle de « Creator Economy » qui pouvait s'ouvrir sur la plateforme. C'est de là qu'est né le programme.

Ainsi, depuis septembre dernier, nous avons onboardé un peu plus de 400 créateurs en France, pour les aider à développer leur audience, à grossir sur BeReal, à comprendre comment exploiter les formats pour qu'ils atteignent une taille suffisante et pour qu’ils puissent ensuite travailler avec des marques sur notre plateforme.

Campagne Lipton du 22 mai 2026 adaptée aux codes spontanés de BeReal

Ce virage « Creator Economy » est intervenu un an pile après le rachat par Voodoo. Qu’est-ce que ce rachat a changé concrètement ?

BeReal avait été lancé en 2020 par deux entrepreneurs français. L’application avait vraiment explosé au lancement, notamment portée par la période du Covid. Mais au moment du rachat, l'audience était en train de s’éroder, surtout aux États-Unis. BeReal fonctionnait très bien, mais n'avait pas de modèle économique. L’une des premières choses initiées dès septembre 2024 a donc été le lancement de la régie publicitaire.

Aujourd’hui, la régie compte une dizaine de commerciaux en France ainsi que des équipes au Japon, en Europe et aux États-Unis, pour un chiffre d’affaires mondial de 30 millions d’euros. Nous développons des publicités natives au format iconique « Front & Back » [prise simultanée de deux photos : caméra avant et caméra arrière], c'est-à-dire le même format qu'un BeReal classique, ce qui permis une intégration naturelle dans le feed.

En parallèle, l'audience s'est stabilisée et elle repart en croissance. Nous avons maintenant à nouveau des marchés en hypercroissance, comme la Corée du Sud ou le Japon. Le Japon a d’ailleurs récemment dépassé la France en termes d’utilisateurs. C’est même le premier pays où nous avons ouvert un programme créateurs, notamment avec des « idols » et des groupes de J-pop qui fédèrent une très grosse audience.

Avec son compte BeReal, Jeon Somi mise sur une proximité plus authentique avec ses fans

Des créateurs choisis pour leur proximité avec la Gen Z


Depuis quelques mois, Léna Situations, Inoxtag, Joyca, Bigflo & Oli, Domingo, et bien d’autres ont annoncé leur arrivée sur BeReal. Comment ciblez-vous les créateurs avec lesquels vous voulez travailler ?

Nous cherchons avant tout des créateurs qui parlent à la Gen Z, puisque c'est notre cœur de cible. Mais surtout, nous voulons des créateurs qui correspondent à l'ADN de BeReal : l'authenticité. Il n'y a pas de filtre sur BeReal. Donc nous cherchons des créateurs à l'aise pour se montrer sans filtre, qui acceptent de partager du contenu brut, spontané, qui sont prêts à montrer leur quotidien et les coulisses de leurs projets.

« C'est ce format de coulisses qui nous a amenés à aller chercher des créateurs avec de gros projets : des chaînes YouTube importantes, des artistes en tournée, des personnalités qui ont des choses à montrer en dehors de leurs contenus habituels. Beaucoup de créateurs nous contactent aussi spontanément pour créer leur compte officiel sur BeReal, de plus en plus naturellement. »

Commentaires sous les posts BeReal des créateurs de contenu (montage SocialRama)

Nous avons aussi un grand nombre de créateurs pas si petits que ça, mais un peu moins connus. Cela permet d'avoir une diversité à la fois de taille et de catégorie. Les marques n'ont pas toutes les budgets ou l’envie de travailler uniquement avec les très gros créateurs : avec notre écosystème varié, elles peuvent vraiment trouver les bons profils pour leur campagne.

Comment se passe concrètement l'intégration des créateurs ? Quel est le « deal » avec eux ?

Nous leur faisons un onboarding principalement produit : comment fonctionne la plateforme, les différentes fonctionnalités, les contraintes, la vidéo, la durée. L'utilisation de BeReal est assez simple, donc ils prennent la main de façon très autonome. Nous les aidons à lancer leurs comptes, à développer leurs audiences, à faire migrer une partie de leurs communautés depuis d'autres plateformes, et nous les rendons plus visibles dans l'application. Sur la rémunération :

« Nous ne payons pas les contenus publiés sur BeReal. Nous rémunérons uniquement certains créateurs pour la publication de quelques contenus sur d'autres plateformes au moment du lancement, pour annoncer leur arrivée.

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