pré-hype

++++ Cannes Lions 2026 / La Creator Economy descend du toit du Palais des festivals (lieu qui lui était réservé depuis 2024) pour occuper un nouvel espace sur la plage pour l’édition 2026, du 22 au 26 juin.

Un déménagement qui va au-delà du symbole : plus spacieux, plus équipé, grâce notamment au partenariat avec Adobe, le LIONS Creator devient central au festival et aussi incontournable que l’influence sur le marché mondial de la communication commerciale.

Parmi les tout premiers noms annoncés : Adam Mosseri, patron d’Instagram, dont la parole est toujours prophétique, et le Britannique Max Klymenko, TikTok Creator of the Year 2025 (9,6 M d’abonnés), connu pour sa série Career Ladder, dans laquelle il parle carrière, orientation professionnelle et cumule des millions de vues.
SocialRama y sera, mais avant ça, on en reparlera.

::::: Dr. Bombay de Snoop Dogg / Et les glaces, ça lui plaît beaucoup, beaucoup, au King du Cool, comme nous l’a confirmé Donatien Bozon, dont le studio Le Bon Moment est en charge du lancement pour la France et la Belgique d’abord, puis toute l’Europe.

Une marque de méga-créateur (des posts quotidiens pour ses 200 M d'abonnés cumulés sur ses réseaux) dont l’aura internationale est aussi transgénérationnelle, une exclusivité avec Carrefour pour la distribution et un produit, aux variantes de goûts adaptées, qui a déjà fait ses preuves sur le marché US. Tout semble prêt pour un bel été en supermarché.

Mais si l’opération est un baptême du froid pour Le Bon Moment, elle sera aussi l’occasion d’observer précisément les mécaniques d’implémentation et de communication d’une nouvelle creator-led brand, dont les précédents succès, que ce soient les glaces Picard de Joyca épuisées en 1 semaine, le kombucha de Squeezie et les Pizzas Delamama, fourniront un point de comparaison. On s’en lèche les doigts.



//// Vald sur Twitch / Fréquenter les influenceurs et bénéficier de l’exposition quali-quantitative que représente la participation à leurs contenus est devenu classique chez les rappeurs.

Cette exposition, beaucoup en usent, certains en abusent, peu sont ceux qui la transfusent. Et c’est ce qu’a fait Vald (3,5 M de streams en 24 h pour la sortie de son dernier album il y a un an), en créant sa propre chaîne Twitch le 3 avril dernier, après 13 ans d’attente. Et contrairement aux artistes qui se lancent sur Twitch et disparaissent après 3 streams, Vald s'installe. Habitué des réseaux, il dépasse ici la simple promo-participation en initiant ses quelque 56 000 followers à son principe de cocréation. On attend un prochain album avec des milliers de noms dans les crédits de production.

**** Les Newsfluencers / L’expression est directe, fouette, gratte, claque. Comme en leur temps les « reporters », comme malheureusement aussi, en nos temps, les « reporters de guerre ». Et c’est peut-être dans notre espace informationnel de plus en plus conflictuel que les créateurs de l’information, les influ-informateurs, néo-journalistes ou vidéastes d’actualités s’affirmeront comme la nouvelle source de savoir et de compréhension du monde.

De l’expansion du phénomène de social search, par lequel de plus en plus de monde s’informe directement sur les réseaux, aux mi-hommes mi-médias comme HugoDécrypte (il faisait partie des rares Français invités au dîner où a eu lieu la tentative d'assassinat de Trump), en passant par les nouveaux réseaux d’information comme Newpress (une initiative majeure et symbolique qu'on vous explique ici), la Creator Economy est en train de redéfinir la manière dont on s’informe.
Mais plus son rôle sera central, plus les pressions économiques et politiques se feront ressentir. Les pays les plus décents protègent leurs organes de presse ; il ne faudrait pas trop attendre pour qu’ils protègent aussi ceux qui les remplaceront probablement plus tôt que prévu.

hype

**** Creator-Led Live Sports / Les beaux jours sont de retour, on sort les ballons, les sponsors et les summer bodies.

Grand Break KitKat (une course de simulateurs de F1, le 6 mai à Paris), Fléchettes Cup (une compétition de fléchettes, le 16 mai à Lille), Crunch Creator (du rugby à Bordeaux le 23 mai) et Eleven All Stars 2 (la deuxième édition du match de foot, le 24 mai au Parc des Princes)… Le mois de mai est rempli d'événements sportifs dont les protagonistes sont issus des réseaux. Mais si on voulait être complet sur l'histoire d'amour entre le business du sport et celui de la Creator Economy, il faudrait parler des diffusions de compétitions, de l'achat de droits sportifs, d'investissements dans les clubs, de visites des stades… On y reviendra vite.

Voyons dans tous ces projets une victoire de plus pour la Team Creators, à laquelle de plus en plus de sponsors et de sports font confiance pour se faire connaître ou se réinventer. Et lorsque l’on ne leur ouvre pas les vestiaires, ils créent les leurs. Les grands événements sportifs de l’été, du très conservateur Tour de France au très américain Championnat du monde de football, suivront-ils la cadence ? On attend plutôt un « yes » qu’un « oui », mais patience.


.... La Creator Middle Class / Elle est au croisement de tous les sujets et semble pouvoir apporter réponse à bien des problématiques. Longtemps snobée, souvent ignorée ou anonymisée dans la case UGC, elle est pourtant, comme sa sœur de sociologie, essentielle à la société. Elle, c’est la classe moyenne des influenceurs.

Dans le sens le plus noble du terme. Conceptualisée dès 2008 par le visionnaire fondateur du magazine Wired, Kevin Kelly, dans son essai « 1 000 True Fans », cette notion de Creator Middle Class peut s’appliquer à tous les comptes entre 10 000 et 100 000 abonnés pour qui le succès ne se mesure pas qu’en stats pures, mais plutôt en profondeur d’engagement.

Cette classe moyenne prouve qu’un revenu durable est possible sans reach exagéré, soit en apportant une valeur exclusive sur une niche ultra-spécifique, soit en multipliant des collaborations cohérentes auprès de communautés engagées.

Ce qui manquait à cette middle class, c'est la reconnaissance de leur impact indirect sur les ventes et l'image de marque. C'est chose faite avec la récente étude partagée par Carrefour sur l'impact quantifié de ces petits influenceurs sur les ventes en magasin.

++++ YT vs TV : Le mois d’avril nous a offert une belle opposition de styles. À ma droite, Rodolphe Belmer, patron de TF1, se plaint sur son compte LinkedIn d’« une concurrence déloyale et une asymétrie de régulation qui ne sont plus tenables ». Il poursuit : « YouTube, lui, se développe sans être soumis aux mêmes obligations, ni en matière de financement de la création, ni de fiscalité, ni de régulation des contenus, ni de limitations publicitaires de toute sorte. Ce déséquilibre ne saurait durer. »

À ma gauche, Delphine Ernotte Cunci, patronne de France Télévisions, qui a surpris tout le monde en annonçant un deal historique de mise à disposition d’une grande partie du catalogue du service public sur la « plateforme rouge » (terme utilisé sur les autres plateformes pour désigner YouTube et éviter un supposé déclassement des algos, rien à voir avec une quelconque vision politique). Le tout a été accompagné de déclarations d’amour réciproques : « Ce partenariat stratégique avec YouTube accélère la stratégie “streaming first” de France Télévisions. (...) Il renforce le rayonnement des contenus d’information de France Télévisions auprès de tous les publics, y compris des plus éloignés des médias traditionnels. » admet-elle. « Nous sommes fiers de ce partenariat stratégique avec France Télévisions et convaincus de la parfaite complémentarité entre YouTube et les antennes du service public. » renchérit Justine Ryst, qui dirige YouTube en France.

50 nuances de réactions qui reflètent la complexité d’une relation avec un frenemy (contraction de friend et enemy, NDLR) incontournable…

déhype

==== Le Google Form de Joyca / Habitué à sonder ses 6,88 M d’abonnés, Joyca a mis en ligne un formulaire pour que sa communauté lui suggère de nouvelles têtes à convier dans ses vidéos. « Je tombe parfois sur des gens qui disent : “On voit toujours les mêmes têtes dans les gros divertissements YouTube.” Mais je vois rarement ces mêmes personnes proposer des gens. »

Une prise de conscience et une initiative bienvenues, tant la Creator Economy ressemble parfois à une bande de potes, souvent les mêmes, pas très éloignée d’un boys club, qui s’invitent et se renvoient l’ascenseur. Mais n’est-ce pas justement aux stars de faire émerger de nouveaux talents plutôt que de déléguer cette responsabilité à leur audience ?

Quelques jours plus tard, Michou sollicite à son tour sa communauté sur TikTok (8,8 M de followers) : « Dites-moi qui je dois inviter la prochaine fois : un nom en commentaire, une chance de le voir dans l’épisode 2. » Gros succès pour le post, qui a généré plus de 11 000 commentaires.

Ce manque de diversité se retrouve jusque dans notre Top 30 des vidéos les plus vues du premier trimestre : 3 YouTubeurs (Amixem, Mastu et Joyca) concentrent 50 % des productions du classement. Sans même évoquer l’absence totale de figure féminine…

++++ ClemQuiCourtPlus / Clem court ? Ne court pas ? Court plus ?… Recourra ? On est collés comme un chewing-gum aux semelles de ClemQuiCourt, qui vient de supprimer tous ses posts Instagram il y a quelques jours… mais pas ses Reels (faut pas déconner). Puis il a posté une vidéo et annoncé à ses 580 000 abonnés : « L’histoire, elle est belle. Mais l’histoire, elle est finie. »

Clemquicourt est une comète dans la Creator Economy, tant il a explosé vite et s’est imposé comme une figure majeure du running sur les réseaux, un modèle pour beaucoup et l’un des profils les plus attachants de ces dernières années.

Derrière le coup de com’, probable (une grande partie de sa communauté reste sceptique quant à la réalité de cette coupure médiatique) et déjà vu (Lena Situations, par exemple, avait supprimé tous ses posts pour lancer la promotion de son dernier livre), se cachent des réalités sérieuses auxquelles sont confrontés la plupart des créateurs de contenu : tyrannie des algorithmes (« Je me lève avec la boule au ventre, terrifié à l’idée de décevoir 500 000 potes »), course sans fin au « toujours plus », violence des interactions en ligne.
C’est dire à quel point la pression est forte pour cet amateur de défis.
Le retour de hype n’en sera que plus beau.

%%% Le CNC Talent  / En 2025, le CNC Talents a distribué 2 M€ de subventions à une centaine de projets issus de la création numérique. C’est une goutte d’eau dans l’enveloppe totale du CNC : 0,25 % pour être exact, le reste étant attribué au cinéma et à l’audiovisuel en général.

Le CNC avait prévu d’augmenter cette enveloppe à 3 M€ en 2026, jusqu’à la suspension de la commission, sous l’effet des pressions et des polémiques, le 8 avril dernier.

En premier lieu, c’est une très mauvaise nouvelle pour le secteur. Cette décision tue dans l’œuf de nombreux projets qui espéraient ce financement pour exister.
Mais c’est aussi le reflet d’un débat public qui ne peut plus exister sans hostilité, sans violence ni idéologie… et qui finit par faire céder des institutions.
Enfin, cette suspension a mis en lumière un système de financement dont la répartition n’épouse plus les habitudes réelles de consommation des Français. Sous-entendu : les Français vont de moins en moins au cinéma et se tournent de plus en plus vers les contenus créés sur les réseaux sociaux, où s’invente aujourd’hui une partie de la création la plus libre et audacieuse. Et cette prise de conscience (on pense à l’intervention de Gaspard G ou à celle de Manuel Diaz) peut faire bouger les choses.

retour de hype

%%% Les City Tours et les Live Shows / On veut y revenir ! Souvenez-vous des débuts de l’influence, quand croiser un créateur était possible lors d’un meetup, rencontrer sa star par hasard pas impossible et discuter avec un streamer plutôt normal.

SocialRama invite à aller au-delà du pop-up produit pour ajouter une corde aux business models, quitter les plateformes pour profiter des opportunités que représentent les City Tours, les shows live, les bus tours, les séances de questions-réponses, les premières parties d’humoristes ou de chanteurs… Le tout, en micro-hosting dans des salles à taille humaine.

Legend, le podcast Bliss : les cas d’école commencent à se multiplier… C’est bon pour le business et l’une des meilleures parades face à l’IA.
Cap ou pas cap ?

:::: Nasdas / Il avait disparu des radars après être passé sur le grill de la commission parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok en juin 2025, interrogé parmi d’autres influenceurs controversés (AD Laurent, Julien Tanti, Alex Hitchens). Quelques jours plus tôt, le 2e Snapchat le plus suivi de France (derrière HMI et ses 12,7 M d’abonnés) avait annoncé son retrait des réseaux. Il s’y est tenu pendant huit mois.

En février dernier, il revient sur Snapchat et y dévoile sa nouvelle villa, lieu central de sa télé-réalité 2.0. Mais c’est en avril qu’il a affolé les compteurs en devenant la troisième chaîne la plus suivie au monde sur Twitch. Il s’est même étonné, un soir, de dépasser le live de la NASA, qui avait pourtant une belle actu.

Ce qui nous intéresse dans cette performance, c’est sa capacité à faire basculer des centaines de milliers de fans de Snapchat vers Twitch en quelques minutes. Sur ses derniers lives Twitch, il met en scène sa team au tribunal, dans une parodie de justice : 7,4 M de vues cumulées et 0 sponsor.
Toujours pas fréquentable, Nasdas, même à ce niveau d’audience ?

//// Bieberchella, Rhodechella… Brandchella ! / On ne sait plus sous quel angle, quel chiffre ou quel succès prendre l’édition 2026 de Coachella. Par décence et effet de compensation, n’omettons donc pas la polémique fondamentale cette année : le festival de musique n’en est plus un, mais est devenu « un plateau de tournage de pub à ciel ouvert ».

C’est vrai. Et d’ajouter à la déjà trop longue collection de déclinaisons… Brandchella.

Un EMV global estimé à 1,7 milliard de dollars (source : WeArisma), en augmentation de 69 % par rapport à 2025. La catégorie Beauty est en championne, grâce notamment à Hailey Bieber et à sa marque Rhode, dont la présence physique (pop-up) et la synergie (#Bieberchella) avec le concert de son copain ont explosé tous les records de visibilité et de ventes. Idem pour Revolve, Neutrogena, Gap, Heineken, Aperol… Open bar pour tous les partenaires.

TikTok, plateforme favorite d’engagement, affiche 19 % de moyenne, soit presque 3 milliards d’interactions sur les contenus Coachella ; Instagram : 18 K+ posts pour 1,10 % ; et un écrasant 13,76 % de moyenne d’engagement pour YouTube. Les créateurs n’ont jamais été aussi importants pour le festival que cette année.

La recette du succès dans le désert ? Ne pas s’afficher ou se faire sponsoriser, mais participer. C’est ce que les créateurs ont fait et continueront de faire, avec le double avantage de renforcer leur économie et de nous faire vivre un festival dont les tickets d’entrée ne feront, eux aussi, qu’augmenter.


Partager cet article
Le lien a été copié !