Après M6, Konbini et 20Minutes, Ronan Dubois est arrivé début janvier 2026 à la tête du pôle Publishing et Média France de Webedia-Elephant. Au sein de cet acteur historique associant médias web & sociaux, production audiovisuelle et influence, il y pilote l'ensemble des sites, marques et IP françaises du groupe, de 750 grammes à Allociné en passant par Jeuxvideo.com et Dr Good !.

Ronan Dubois, DGD pôle Publishing et Média France, Webedia-Elephant

Benoit Zante pour SocialRama : Vous faites partie du nouvel état-major arrivé à la tête de Webedia-Elephant au cours des douze derniers mois : quel est votre périmètre ?

Ronan Dubois : Effectivement, l’organisation de Webedia-Elephant a été repensée, avec une structure articulée autour de quatre pôles : Production, Commerce, International et Publishing et Média France, que je dirige. Au sein de mon pôle, j'ai la responsabilité de l'ensemble des sites internet, des marques et des IP françaises disposant d'un site, d'un réseau social ou d'un support print. Cela va d'AlloCiné à Jeuxvideo.com, en passant par Puremédias, 750 grammes, l'Académie du Goût ou Terrafemina, notamment. Nous couvrons des thématiques aussi variées que le cinéma, la cuisine, le sport ou les jeux vidéo. À ces titres s’ajoutent également des marques 100 % sociales, uniquement présentes sur les réseaux sociaux et construites autour d'un incarnant, comme Épicurieux avec Jamy Gourmaud, Dr Good ! avec Michel Cymes ou MVP : Ma Vie Pro avec Samuel Etienne.

Des lancements de nouvelles marques ou verticales sont-ils prévus ?

Nous sommes plutôt dans une phase de consolidation. En particulier, nous allons renforcer la verticale Ma Vie Pro, qui cible les 15-35 ans. Elle a commencé par un livestream sur Twitch et c’est aujourd'hui aussi un média sur les réseaux sociaux et un festival dans la vraie vie. Celui-ci a réuni 15 000 personnes à la Villette en avril dernier. Une seconde édition est prévue à Paris au premier trimestre 2027 et à Toulouse quelques mois plus tard.

Nous avons aussi repositionné deux de nos marques lifestyle. PureBreak est devenu Volum, avec un accent mis sur les communautés de la musique. Purepeople est devenue Ode, avec déjà de très bons résultats en termes d’audience et de reconnaissance auprès des annonceurs. On a gagné en qualité, le média est aujourd’hui beaucoup plus premium.

Avant de lancer de nouveaux sujets, nous allons donc surtout consolider le travail déjà engagé, d’autant plus dans le contexte de l'arrivée de l'IA, qui bouscule un peu nos façons de faire. Ce n'est qu'en 2027, une fois nos marques patrimoniales bien sécurisées, que nous nous poserons la question de nouvelles verticales.

À l’inverse, certaines de vos marques historiques pourraient-elles fermer ou fusionner ?

Fermer, pas encore, mais à un moment donné, pour rationaliser, il y aura une réflexion à mener. C'est toujours délicat, mais avec un pôle publishing qui compte 35 à 40 marques, la question doit se poser : avons-nous l’ambition, l’envie et les moyens d'investir ce qu'il faut pour que chacune d’entre elles ait une chance d'être leader ou dans le top trois de sa catégorie ?

Aujourd’hui, si vous n'êtes pas dans ce top trois, vous n'existez plus, et c'est encore plus vrai avec les moteurs de recherche IA et Google Discover. C'est un vrai risque d'invisibilisation pour les médias, et c'est aussi pour cela que nous devons nous concentrer sur nos marques les plus fortes ou à plus fort potentiel.

Justement, beaucoup de vos marques n’avaient pas vraiment pris le virage de la vidéo, de façon assez paradoxale pour un groupe autant tourné vers l’audiovisuel…

Oui, même si certaines marques, comme Purepeople, avaient pris le virage vidéo plus tôt que les autres, avec Instagram et TikTok. Et certains de nos médias sont nés de la vidéo, comme Épicurieux, qui peut faire 100 millions de vues certains mois.

Nous accélérons désormais très fortement sur toutes les marques. Pour cela, nous avons réorganisé et transversalisé les équipes de production pour tout le pôle publishing, avec des cadreurs, des monteurs et des producteurs mutualisés. Par exemple, nous avons tourné en septembre huit pilotes de nouveaux formats pour Volum et Ode, avec de nouveaux visages. Et la nouvelle directrice de la rédaction d'AlloCiné, Camille Thebault, qui vient d’arriver, était chez Konbini avant… Nous avançons à marche forcée sur la vidéo pour nos réseaux sociaux.

Jamy - Epicurieux
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Y compris avec des contenus davantage incarnés ?

Oui, aujourd’hui, clairement, nous avons besoin d'incarner nos médias, d'avoir des visages reconnaissables. Mais nous sommes plutôt en avance sur ce point, puisque plusieurs de nos médias sont déjà très incarnés. Épicurieux avec Jamy Gourmaud, Dr Good ! et Michel Cymes, Ma Vie Pro avec Samuel Etienne… Là où nous pouvons accélérer, c’est sur AlloCiné et Jeuxvideo.com : des marques historiques, de grosses machines avec une audience très puissante, mais qui manquent parfois d'incarnation. Il faut qu'elles se réinventent sur d'autres typologies de propositions de valeur éditoriale. Nous réalisons déjà 50 millions de vidéos vues par mois sur Allociné et 80 millions sur Jeuxvideo.com, mais il y a de quoi encore accélérer.

Ces incarnations vont-elles passer par des collaborations avec des créateurs, notamment les talents que le groupe accompagne (Joyca, Just Riadh, Kameto, Nico Là, Byilhan, Batzair…) ?


Oui, mais il faut un vrai fit entre la rédaction et le créateur, avec une part de liberté laissée à chacun dans le contenu.

Les créateurs qui travaillent avec des médias le font en général par affinité réelle, sinon ils n'ont pas envie de s'y engager. Si c'est artificiel, tout le monde s'en rend compte, et ça ne fonctionne pas. Chez Webedia-Elephant, nous sommes positionnés sur des territoires de passion, le gaming, l'automobile, la cuisine, le cinéma, plutôt que sur le politique ou l'économique. Cela nous aide énormément. Il existe une large catégorie de créateurs avec des communautés importantes, avec qui nous pouvons construire des choses ensemble, en partenariat avec notre pôle talents. Nous avons par exemple organisé plusieurs watch parties avec Inoxtag et AlloCiné.

Dans le même temps, nous travaillons également à faire monter en visibilité nos propres rédacteurs : sur AlloCiné par exemple, c’est une personne de l’équipe qui intervient sur les tapis rouges et sur Jeuxvideo.com, nos journalistes incarnent des formats.

Ces collaborations entre médias et créateurs génèrent parfois de la frustration, quand les objectifs n'étaient pas clairs dès le départ. Quelles bonnes pratiques appliquez-vous pour que ça fonctionne ?

Nous avons différents modèles. Certains sont rémunérés à la prestation quand c’est un travail éditorial, avec un partage de revenus prévu en cas d'opération spéciale. Sur 750g, par exemple, nous faisons appel à des chefs pour écrire et filmer une recette ensemble : c'est un modèle purement éditorial. Mais si une opération spéciale avec un annonceur se greffe dessus, le dispositif économique change complètement, et nous nous mettons d'accord en amont sur la répartition de la valeur.

Il y a aussi des cas où nous nous impliquons davantage avec un créateur, et où nous avons un intérêt commun à la réussite du projet : dans ce cas, il est potentiellement dans l'IP et il a de l'equity aussi. Aujourd'hui, les créateurs sont plutôt matures et connaissent bien les enjeux business.

À chaque fois, nous essayons de construire des deals gagnant-gagnant pour pouvoir les reconduire plus souvent. Mais il faut toujours qu'il y ait une vraie envie des deux côtés : si quelqu'un vient uniquement parce qu'on lui fait un chèque, sans être en adéquation avec l'ADN du média, ça ne fonctionne pas.

Est-ce que ces pratiques sont industrialisées, ou cela reste-t-il encore à définir au cas par cas ?

Nous avons industrialisé dans la mesure où la direction juridique et la direction des créateurs connaissent bien les attentes et les besoins de chacun. Nous avons de bonnes bases qui nous permettent de gagner du temps.

Top Créateurs • Webedia France
Webedia accompagne les top créateurs dans la production, la distribution et la monétisation de leurs contenus sur toutes les plateformes.

Les ressources techniques du groupe (studios de production et expertises digitales), sont-elles un argument fort pour attirer des créateurs ?

Oui, notamment l'accompagnement en production et la qualité de production audiovisuelle, qui permet de monter des projets allant au-delà du digital. Les créateurs issus du digital ont souvent envie d'aller vers la télévision, et inversement. Avec l'intégration des studios Elephant au dispositif Webedia, nous disposons d'une vraie compétence digitale et audiovisuelle qui permet de faire des ponts, comme on l'a vu avec Jamy, Dr Good ! ou, à l’inverse, avec des créateurs qui sont passés à la télévision.

Il y a aujourd'hui une forme de liquidité des influenceurs et des contenus, qui circulent entre le digital, la télévision et la vraie vie, avec par exemple la Fléchettes Cup, un concours de fléchettes qui existe à la fois en digital et en télévision, sur RMC Découverte, porté par LeBouseuh et produit par Webedia Creators.

Ce qui est intéressant pour nous, au pôle publishing, c'est que nous avons la capacité de production d'Elephant d’un côté et l'accès à des créateurs de l’autre : nous avons vraiment les bons outils pour nous développer rapidement sur un marché en pleine transformation, où la vidéo compte, où les créateurs comptent, mais où le contenu reste l'élément fondamental. Sa qualité restera toujours prépondérante.


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