Il y a un peu plus de trois mois, nous avons analysé la communication des candidats aux municipales de 10 des plus grandes villes françaises, en particulier sur Instagram. Nous avions mesuré leur stratégie éditoriale selon plusieurs critères : l'authenticité du candidat à l'écran, sa capacité à développer des collabs locales, sa capacité à résonner au-delà de ses seuls supporters ainsi que la cohérence globale de sa ligne éditoriale.
Nous avions alors relevé des similitudes de formats et de sujets avec les Reels de Zohran Mamdani, maire de New York dont la campagne, fin 2025, a servi de boussole à notre méthodologie.
À J+100, nous avons refait l'exercice. Cette fois, nous nous sommes concentrés sur les seuls profils ayant remporté l'élection dans ces 10 villes (Paris, Marseille, Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Toulouse, Nice, Lille, Nantes et Montpellier).
Notre démarche n'est pas uniquement analytique et neutre : nous pensons sincèrement que le bulletin municipal doit être modernisé. Sa déclinaison papier, qui croupit dans les halls d'immeuble, ne devrait être qu'un support de communication accessoire. C'est en partageant leur action sur les réseaux sociaux que les maires contribueront à revitaliser la démocratie locale et à renouer le lien avec leurs administrés les moins concernés.
Classement · CreatorCred' SocialRama des maires à J+100
| Rang | Maire | CreatorCred' | J+100 | Campagne | Évol. |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Michaël DelafosseMontpellier | 60 | 75 | -15 | |
| 2 | Emmanuel GrégoireParis | 59 | 48 | +11 | |
| 3 | Thomas CazenaveBordeaux | 52 | 36 | +16 | |
| 4 | Grégory DoucetLyon | 51 | 49 | +2 | |
| 5 | Arnaud DeslandesLille | 47 | 53 | -6 | |
| 6 | Éric CiottiNice | 40 | 48 | -8 | |
| 7 | Johanna RollandNantes | 37 | 42 | -5 |
Ce qui a bougé dans les critères
Sur notre corpus des 10 maires, tous les indicateurs moyens progressent. L'authenticité passe de 50 à 60. La localisation de 34 à 46. La cohérence de 58 à 86.
La hausse la plus nette concerne la cohérence. Elle tient à des Reels qui abordent de vrais sujets, souvent à résonance locale, notamment des activités sportives ou culturelles. Les vidéos de campagne et de meetings ont disparu, tout comme celles à dimension nationale.
Les maires prennent majoritairement la parole sur le sport, la culture, le cadre de vie, la sécurité, la canicule ou la Marche des fiertés. Ces deux derniers sujets sont particulièrement présents en cette fin de semestre.


La localisation progresse aussi, mais elle reste le principal point faible. Seul Emmanuel Grégoire s'inscrit dans cette logique de collaboration locale de manière régulière.
Le volume, lui, creuse nettement les écarts. Thomas Cazenave, Emmanuel Grégoire et Michaël Delafosse sont les plus actifs, devant Éric Ciotti et Grégory Doucet. En nombre de vues, Emmanuel Grégoire domine largement puisqu'il place 8 Reels dans le top 10, complété par une vidéo d'Éric Ciotti et une de Grégory Doucet.
Son Reel sur l'ouverture de la baignade dans le canal Saint-Martin a, par exemple, dépassé les 5,4 millions de vues.

Ceux qui ont joué le jeu : le playbook Mamdani
Emmanuel Grégoire (Paris) :
Un score de CreatorCred' de 59, contre 48 en campagne. C'est l'une des plus belles progressions du corpus.
En campagne, Emmanuel Grégoire avait déjà produit des vidéos très Creator (notre analyse Paris). La vidéo du kebab pour parler pouvoir d'achat, clin d'oeil à Mamdani, en est un exemple.

Emmanuel Grégoire se filme souvent au contact des habitants. Il joue l'interaction, l'humour, va jusqu'à porter un maillot de l'équipe de France floqué à son nom et à marcher pieds nus. Certains commentaires comparent directement sa communication à celle de Mamdani : « New York has @nycmayor. We have @emmanuel_gregoire ! Bravo 🍾 », « Mon maire ❤️❤️💕 ».

Il est à l'aise face caméra, micro en main. Dans un Reel, il interagit avec une comédienne qui joue une Londonienne venue à Paris pour la fête de la musique, et ose une tirade en anglais à l'accent très frenchy. La référence à Mamdani, qui dans une vidéo se moque lui-même de son accent quand il parle espagnol, est assumée. En commentaire, il tague aussi son homologue londonien Sadiq Khan : « A special message for our British friends is included in this video 😉 ! Hi @sadiq ! »


Autre gimmick récurrent : il s'empare des polémiques dès leur apparition. Un membre de son équipe le filme smartphone en main, en train de regarder la vidéo en cause. Il retire ses lunettes. Il prend la parole. Il défend ainsi ses agents après une vidéo qui avait fait polémique sur les réseaux sociaux, montrant un employé de la mairie pousser des déchets vers la Seine au Kärcher, en précisant qu'il s'agissait d'un cas isolé.



Il multiplie aussi les collaborations, avec des influenceurs aux audiences variables ou des acteurs du monde culturel. Avec Tibo InShape, pour un message de prévention invitant à éviter le sport pendant la canicule, repris ensuite dans la presse (1,3 M de vues), avec Tchoupi in Paris (74 k followers) pour la réouverture de la baignade dans le canal Saint-Martin (353 k vues), avec Barbara Butch, directrice artistique de la Nuit Blanche.



C'est le profil le plus complet du classement, et de loin le plus vu.
Thomas Cazenave (Bordeaux) :
Un score de CreatorCred' de 52, contre 36 en campagne. C'est la plus forte hausse du corpus.
En campagne, son compte reposait beaucoup sur des formats interview, meetings de campagne et prises de parole lors de conseils municipaux (notre analyse Bordeaux).

Ces contenus ont quasiment disparu. À la place, une identité visuelle marquée : typo jaune, choix musicaux affirmés (Santigold, Metronomy). Ces choix lui valent parfois des commentaires critiques quand la musique choisie, aux sonorités plutôt joyeuses, n'est pas, selon certains, cohérente avec le sujet, notamment lorsqu'il est question de sécurité.
Une musique de Santigold sur une vidéo consacrée au lancement d'une brigade de nuit à Bordeaux a notamment fait réagir dans les commentaires : « Alors là, il fallait oser ! Monter une vidéo mettant en scène la dérive sécuritaire de votre majorité au son de Santigold, exceptionnelle artiste connue pour ses prises de positions nécessaires et sa dénonciations des violences policières, est tout juste grotesque… »

Thomas Cazenave alterne les registres, en costume ou en tenue décontractée, toujours face caméra... et il assume la mise en scène. Interrogé par un journaliste sur ce point, il répond dans un Reel : « c'est important de communiquer sur ce que nous faisons. quand je rallume la lumière, c'est bien de l'illustrer, quand je suis avec des agents de la propreté, c'est bien de l'illustrer. » La logique Mamdani, appliquée à Bordeaux.

Grégory Doucet (Lyon)
Un score de CreatorCred' de 51, contre 49 en campagne. C'est le profil le plus stable du corpus.
Doucet publie aussi bien des vidéos incarnées, face caméra, que des vidéos plus dynamiques dans lesquelles il n'apparaît pas systématiquement. Lors de notre précédente analyse, il publiait par exemple des contenus consacrés à des quartiers de Lyon en mutation (travaux, pistes cyclables...) (notre analyse Lyon).

Grégory Doucet se met parfois en scène en action : dans le cadre de sa série « Les visages du service public », il est filmé au téléphone avec une personne âgée pendant la canicule, pour montrer le travail du CCAS de Lyon, ou face caméra sur les zoos humains qui ont marqué l'histoire de sa ville. Ce dernier format a d'ailleurs été salué en commentaire par l'ancien joueur de l'Olympique lyonnais et de l'équipe de France Bafétimbi Gomis.



Michaël Delafosse : l'authentique DIY
Un score de CreatorCred' de 60 contre 75, Michaël Delafosse reste en tête du classement.
Il perd 15 points et c'est la baisse la plus marquée du corpus. Elle s'explique moins par un décrochage éditorial que par un décalage de moyens et de résonance (notre analyse Montpellier).
Michaël Delafosse communique avec ses propres outils, sans les budgets de Paris, Bordeaux ou Lyon. Il apparaît en selfie vidéo, cheveux bousculés par le vent, dans des images parfois instables, à l'esthétique moins soignée que celle de ses homologues, pas toujours dans la meilleure posture. Le DIY est assumé. Il tient sa cohérence éditoriale et son authenticité.


Il montre qu'il est présent dans la ville : marche des fiertés, festivals, événements sportifs et culturels. Sa communication est plus directe, plus instinctive, moins calibrée. C'est aussi ce qui peut la rendre plus sincère. Mais ses scores de résonance restent très éloignés de ceux des profils qui le talonnent. Son nombre moyen de vues est largement inférieur à celui d'Emmanuel Grégoire (90 k vs 1,3 M en moyenne), Grégory Doucet (316 k) ou Thomas Cazenave (159 k), aucune vidéo ne dépasse les 160 k vues, alors qu'il en avait placé 3 au dessus des 200 k lors de notre précédente analyse. Il gagne le classement sur l'authenticité et la cohérence. Il le perd sur la capacité à sortir de sa bulle de fans.


Ceux qui n'ont pas totalement joué le jeu
Arnaud Deslandes (Lille)
Un score de CreatorCred' de 47, contre 53 en campagne. Six points perdus.
Deslandes avait un compte de campagne (adeslandes2026). Il l'a délaissé après sa victoire pour revenir sur son compte principal (adeslandes), plus fourni et mieux suivi. Le contenu, lui, reste institutionnel, face caméra, et sans échange visible avec les habitants (notre analyse de Lille).

Éric Ciotti (Nice) :
Un score de CreatorCred' de 40, contre 48 en campagne. Soit huit points perdus.
Il place malgré tout un Reel dans le top 10 des vidéos les plus vues du corpus. Mais les vidéos marquantes de campagne, au contact des habitants, celle avec les boulistes, à la boulangerie ou avec l'Aiglon de Nice par exemple, n'ont pas trouvé d'équivalent depuis l'élection (notre analyse Nice).


Sa vidéo la plus vue concerne les maires qui refusent de marier les OQTF.

Johanna Rolland (Nantes)
Comme Arnaud Deslandes, elle avait un compte de campagne (jrolland_nantes), abandonné après l'élection au profit de son compte principal (johanna_roland). Le face caméra est plus présent qu'en campagne (notre analyse Nantes). Mais le registre reste celui de la conférence de presse filmée avec un smartphone. La caméra est là. Les codes créateurs ne le sont pas.


Ceux qui n'ont pas joué le jeu du tout
Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Catherine Trautmann (Strasbourg) et Benoît Payan (Marseille) publient trop peu de Reels pour être comparés aux autres, malgré un format intéressant question/réponse face caméra chez Jean-Luc Moudenc. Nous les avons donc sortis du classement (nos analyses précédentes sur Toulouse, Strasbourg et Marseille).

Benoît Payan est le cas le plus net. Sa communication reste très effacée, sur son compte de campagne (pour.marseille) comme sur son compte officiel. Ce dernier compte pourtant dix fois plus d'abonnés (41 k contre 4 k). Son visage n'apparaît d'ailleurs sur aucune des couvertures de ses dix derniers Reels, qui sont essentiellement des collabs publiées par d'autres comptes locaux.

Pour ces trois maires, notre analyse est sans appel. Instagram est aujourd'hui un canal d'information municipale à part entière. Ne pas l'occuper, c'est laisser le récit de la ville à d'autres. C'est aussi renoncer à parler à une partie des administrés, en particulier les plus jeunes, qui ne lisent ni le magazine municipal ni la presse quotidienne régionale. Il est grand temps de s'y mettre.
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Analyse SocialRama, sources : Instagram, chiffres arrêtés au 10 juillet 2026
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//// Relire la méta-chronique sur les exigences de communication d'un maire à l'ère Mamdani :
« il est grand temps de moderniser votre bulletin municipal et votre community management. »
SocialRamaWatariu Douyin
« Ne soyez plus des élus à portée de baffes, mais des élus à portée de likes ! Devenez les hérauts et héros d’une démocratie revitalisée à l’échelle locale ! »
//// Relire la méta-chronique sur l'élection de Zohran Mamdani :
SocialRamaWatariu Douyin
//// Relire notre synthèse de la CreatorCred' des municipales :
SocialRamaMickaël Cordeiro