Le candidat politique se veut influenceur, ou plus exactement créateur de contenu. Pour faire bouger l’opinion, il ne suffit plus d’être présent sur les réseaux sociaux, il faut surtout adopter les codes des créateurs de contenu et devenir son propre média.
Nous en avions fait la démonstration à l’automne dernier avec Zohran Mamdani, qui a remporté la mairie de New York en s’imposant comme créateur sur les réseaux sociaux. Sans le vouloir, il a écrit le mode d’emploi de ce nouveau paradigme de la communication politique. Son playbook va bien plus loin qu’une direction artistique aux couleurs pop : il sert à instrumentaliser les réseaux sociaux en média de proximité au service d’un suffrage local où l’authenticité et la proximité priment.
À travers une méthodologie propriétaire, détaillée plus bas, SocialRama analyse la capacité de nos candidats à adopter ce playbook pour bousculer les équilibres politiques en place. Sans jugement sur le fond des programmes, ni analyse politique, mais avec une grille de lecture issue de notre expertise de la creator economy, de l'approche du maire de New York et des mécaniques des réseaux sociaux, nous évaluons leur crédibilité en tant qu’influenceurs en analysant un échantillon de leurs vidéos au prisme de quatre dimensions :
- L’authenticité du candidat à l’écran, car il ne suffit pas de se filmer face caméra pour être créateur ;
- La cohérence de leur ligne éditoriale, car parler de tout, c’est parler de rien ;
- Leur capacité à développer des collabs locales, IRL et URL ;
- Et enfin, quatrième angle d’étude, leur capacité à résonner au-delà de leurs supporters, car convaincre un convaincu est nécessaire, mais pas suffisant.
De cette analyse qualitative, nous faisons un diagnostic du candidat en créateur, de ce diagnostic nous faisons score. De ce score, nous évaluons la capacité de chaque candidat à être crédible en tant que créateur de contenus.
C’est la CreatorCred, l’index de street credibility des candidats aux Municipales 2026.
Et aujourd’hui, c’est à Lille.
Lille (59)
Contexte : Capitale de la région Hauts-de-France, Lille est au cœur d’une métropole de plus d’un million d’habitants et la dixième ville de France avec plus de 235 000 habitants. La municipalité est dirigée depuis mars 2025 par Arnaud Deslandes, élu maire après la démission de Martine Aubry, qui dirigeait la ville depuis 2001. Lors des dernières élections municipales de 2020, la liste socialiste menée par Martine Aubry l’avait emporté de justesse face à l’écologiste Stéphane Baly. À l’approche des élections municipales, la compétition s’organise finalement autour de neuf candidats, dont trois principaux : le maire sortant (PS), Stéphane Baly (Les Écologistes) et Lahouaria Addouche (LFI). En effet, deux des onze candidats annoncés n’ont finalement pas présenté de liste, faute d’avoir pu réunir les 61 noms requis.
Pour cette analyse lilloise, nous avons retenu les trois candidats les mieux placés dans les sondages et les plus actifs sur Instagram, au regard de leur volume de vidéos publiées et de leur présence régulière sur la plateforme : @Arnaud_Deslandes et @adeslandes2026 (maire, 4 965 abonnés, et candidat, 895 abonnés), @stefbaly (1 737 abonnés) et @lahouariaaddouche (2 413 abonnés).
Particularité méthodologique : sur les dix Reels étudiés pour Arnaud Deslandes, trois proviennent du compte de campagne et sept de son compte institutionnel de maire.

Détail des résultats par dimension
Score d'Authenticité à l’écran :
#1 @Arnaud_Deslandes (63/100) #2 @stefbaly (58/100) #3 @lahouariaaddouche (53/100)
@Arnaud_Deslandes adopte une incarnation maîtrisée. Face caméra sur les quais de la Deûle, micro à la main sur fond rose très produit, ou en format “Pourquoi on est là Monsieur le Maire ?” au parc Saint-Sauveur, il parle en responsabilité. Les séquences post-Braderie aux côtés des agents de propreté renforcent l’image d’un édile au contact. L’authenticité est réelle, mais encadrée par une esthétique très institutionnelle.

@stefbaly alterne entre formats explicatifs et séquences plus personnelles. Apiculteur dénonçant la loi Duplomb, interview dans Quotidien au sujet d’un ancien lycée hôtelier vide qui pourrait être réquisitionné pour des familles dans le besoin, POV critique sur le stationnement : il assume le débat et la confrontation. L’authenticité tient à la cohérence entre engagement écologique et incarnation personnelle.

@lahouariaaddouche privilégie la parole militante : interview sur le mal-logement, images de moisissures dans une chambre d’enfant sur TF1, meeting offensif, soutien de figures nationales. Elle parle frontalement, souvent dans l’urgence et l’indignation. L’authenticité repose sur l’intensité, mais les formats demeurent proches du reportage politique classique.

Score de Cohérence de la Parole :
#1 @Arnaud_Deslandes (90/100) #2 @stefbaly (75/100) #3 @lahouariaaddouche (50/100)
@Arnaud_Deslandes développe le récit municipal le plus structuré : métamorphose paysagère (boulevard Carnot, place Philippe-Lebon), nouveaux parcs (Saint-Sauveur, Maréchal-Leclerc, ancien Rectorat), ville tournée vers l’eau, soutien aux familles (périscolaire élargi, village vacances), valorisation des agents municipaux. Chaque vidéo illustre la continuité de l’action municipale et prépare la séquence 2026.

@stefbaly construit un axe central autour du logement vacant, de l’urgence sociale et climatique : réquisition des bâtiments vides (Euralille, ex-cité administrative), hébergement d’urgence, accès à un espace de verdure à moins de 300 mètres pour chaque Lillois.

@lahouariaaddouche concentre son discours sur le logement digne, la lutte contre l’insalubrité, les discriminations et la mobilisation électorale. Les thématiques mêlent enjeux municipaux (DHG, logement) et causes internationales (manifestation pour le Soudan et la Palestine en présence de réfugiés).

Score de Collab Locale :
#1 @stefbaly (41/100) #2 @lahouariaaddouche (30/100) #3 @Arnaud_Deslandes (30/100)
@stefbaly met en scène des lieux précis – Euralille, quai du Wault – et des alliés politiques comme Danielle Simonnet. Les collaborations locales restent cependant majoritairement politiques plutôt que sociétales ou économiques.

@lahouariaaddouche s’appuie sur des soutiens nationaux et militants. Les tournages dans les quartiers populaires ou lors de manifestations (devant le Rectorat de Lille) ancrent la campagne dans le réel lillois, mais la logique reste celle du meeting ou du reportage politique, moins celle d’une co-création hyperlocale.

@Arnaud_Deslandes valorise les chantiers et les espaces publics davantage que des figures locales identifiées. Les agents municipaux et habitants apparaissent, mais dans un rôle secondaire. La stratégie est davantage institutionnelle que collaborative.

Score de Résonance :
#1 @Arnaud_Deslandes (28/100) #2 @stefbaly (8/100) #3 @lahouariaaddouche (7/100)
Pour mesurer la résonance des Reels publiés par les candidats lillois, nous prenons comme référence le nombre de vues du Reel le plus vu de la campagne à ce jour. Chaque vidéo obtient ainsi un score de résonance.
@Arnaud_Deslandes arrive nettement en tête, même si ses vidéos restent peu vues, en particulier sur son compte de candidat. Les contenus montrant des chantiers en cours suscitent davantage de vues (171 K vues pour la vidéo la plus vue).
@stefbaly obtient de meilleurs résultats sur ses publications concernant les logements publics vides (73 K vues).
@lahouariaaddouche réalise ses meilleures audiences dans une vidéo où elle apparaît avec son collègue marseillais Sébastien Delogu (72 K vues), ainsi que dans une autre où elle reçoit le soutien de Mathilde Panot (16 K vues).

Au-delà de ce trio, d’autres candidats tentent d’exister numériquement. Violette Spillebout reste mieux positionnée dans les enquêtes d’opinion, mais son Instagram demeure plus institutionnel et ses vues restent plutôt faibles.

Louis Delemer, pourtant crédité d’un score plus faible dans les sondages, se distingue par une appropriation plus libre des codes d’Instagram.

CreatorCred - Synthèse

À Lille, les trois candidats ont intégré certains codes clés des créateurs de contenu sur les réseaux sociaux : incarnation, formats courts, verticalité, POV, immersion chantier, mise en scène du quotidien. Mais les usages restent contrastés. Le maire sortant capitalise sur la force des images de transformation urbaine. Stéphane Baly privilégie la démonstration politique et l’argumentation programmatique. En s’affichant avec des personnalités-influenceurs de son parti, Lahouaria Addouche s’inscrit dans une logique de mobilisation militante et de conflictualité assumée. L’ancrage hyperlocal est présent chez tous mais il est limité par l’absence de véritables collaborations locales avec des créateurs, associations ou acteurs économiques, pourtant centrales dans les stratégies d’influence numérique, comme chez Zohran Mamdani.
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Analyse SocialRama, sources : Instagram, chiffres arrêtés au 28 février 2026
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//// Relire la méta-chronique sur l'élection de Zohran Mamdani :
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++++ Les autres villes de la CreatorCred' Municipales 2026 :
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