C’est au cœur du mois d’août, le 18 plus précisément, que nous avons appris par e-mail que YouTube avait décidé de revoir la manière dont les vues étaient comptabilisées sur sa plateforme.
En effet, à partir du 24 août, chaque lancement de vidéo est comptabilisé comme une vue.

Alors, 15 jours après le changement de comptage des vues, quel bilan en tirer ? Quelles idées reçues ont-elles volé en éclat ?
Pour mieux comprendre ces évolutions et mesurer leur impact sur les créateurs, les agences, ou les marques, nous avons échangé avec Sylvain Lepoutre, créateur de contenus, CEO de Videobees et régulièrement en contact avec les équipes produits YouTube.

YouTube s’aligne sur Instagram et TikTok, les vues explosent
Le communiqué est clair : depuis le 24 août dernier donc (en réalité, ce fut effectif le 27, nous précise Sylvain), les vues sur YouTube sont comptabilisées dès le lancement de la vidéo, sur l’ensemble des formats YouTube. Cette évolution s’inscrit dans la continuité des modifications déjà apportées à la comptabilisation des vues des Shorts, entrées en vigueur le 31 mars 2025.
« L'année dernière, nous avons modifié la façon dont les vues des Shorts étaient comptabilisées afin de nous aligner sur les normes du secteur. À partir du 24 août 2026, nous appliquerons la même méthodologie à tous les autres formats vidéo, y compris les vidéos longues et les lives. À partir de cette date, les vues seront comptabilisées dès le lancement d'une vidéo, quelle que soit la durée de visionnage. »
Les vues ont donc toutes mécaniquement augmenté. Si certains estiment cette hausse à plus de 30 %, certains créateurs évoquent des nombres de vues multipliés par 3. Sylvain Lepoutre nous donne ses premières impressions.
« Ma première réaction a été de me dire, pourquoi en faire tout un pataquès, ça ne va pas changer grand-chose. Contrairement à ce que beaucoup disent encore aujourd’hui, les vues étaient déjà comptabilisées autour de 5 à 10 secondes et pas autour de 30 secondes. Ce chiffre n'a d'ailleurs jamais été communiqué de manière officielle par YouTube. J’estimais que les vues augmenteraient en moyenne de 20 % mais depuis, on constate sur certaines vidéos des x3… On voit que le nombre de vues dépend de plus en plus des autoplay. Et ça, j’avoue qu'on n'avait pas idée que la part représentée par les autoplay serait aussi importante. »



Beaucoup de vues générées par l'autoplay, les vues générées via les suggestions sont moins nombreuses mais plus qualitatives.
À première vue, nous pourrions naïvement nous dire que cette hausse du nombre de vues pourrait avoir des conséquences positives pour les créateurs, qui auraient ainsi mécaniquement plus de revenus. Il n’en est rien, affirme Sylvain Lepoutre.
« Sur Adsense, rien ne change car cette source de revenus reste liée aux vues engagées. Pour les sponsos avec les marques, la question est de savoir comment les annonceurs vont se positionner car YouTube était souvent sous-évalué par rapport à Insta et TikTok. Cette hausse du nombre de vues va peut-être donner envie aux marques d’investir plus sur YouTube. »
YouTube tient d’ailleurs à préserver un repère entre l’ancien et le nouveau système. L’ancienne méthode de comptabilisation des vues reste accessible via les API YouTube Analytics et Reporting, ce qui permettra aux créateurs de contenus d’avoir un point de comparaison avec les datas précédentes, et ainsi mesurer l’écart entre « Vues engagées » (un internaute qui a cliqué pour voir la vidéo, ou à partir de 5 à 10 secondes après le lancement auto de la vidéo), et « Vues » (dès le lancement de la vidéo). A noter par ailleurs que le changement n'est pas rétroactif : toutes les vidéos publiées avant le 24 août conservent leur total de vues, correspondant à l'ancien comptage des vues.
Cette nouvelle mécanique suscite également des inquiétudes. Certains créateurs redoutent notamment qu’elle ne constitue une nouvelle incitation au recours aux fermes à bots, capables de gonfler artificiellement les statistiques, notamment sur des vidéos générées par IA. Une crainte que Sylvain Lepoutre invite toutefois à relativiser : « Les fermes à bots existaient déjà avant, et YouTube n’a pas modifié son algorithme de recommandation. »
Les agences et les annonceurs vont devoir faire preuve de pédagogie
Pour les agences et les annonceurs, un important travail de pédagogie s’annonce. Il faudra rappeler que l’explosion apparente des vues ne traduit pas soudainement un boom d’audience, elle est uniquement le résultat d’un changement dans la manière dont YouTube comptabilise les interactions avec ses contenus.
« D’ici six mois, on pourra comparer les vues, c’est une période de transition pour le moment. Malheureusement, je ne suis pas sûr que les annonceurs recherchent aujourd’hui cette granularité. Ce qu’ils veulent, c’est essentiellement un gros chiffre, et ça sera désormais les « Vues », et pas vraiment les « Vues engagées », qui seront plus faibles. Et ce même si les agences leur conseillent de regarder plutôt les « Vues engagées » qui restent un marqueur plus représentatif de la qualité d’un contenu », Sylvain Lepoutre.