Si je vous dis One more time, vous avez forcément la réf. Daft Punk.
En revanche, si je vous dis One more loop, pas certaine que vous l’ayez.

Je vous rassure : moi non plus jusqu’en août 2021, où, suite à un désistement, je me retrouve avec un dossard pour ce que je pensais être un trail classique à l’Île Maurice, où je vivais à l’époque. Spoiler : ce n’était pas un trail classique...

Je venais de mettre un pied dans l’univers de la Backyard Ultra : courir une boucle de 6,706 km toutes les heures, soit 24 boucles en 24 heures pour atteindre symboliquement les 100 miles. Et recommencer jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une personne en course. Sur la ligne de départ, je découvre des tentes : ravitaillement, lampes frontales, micro-sommeil entre 2 boucles.
Le principe ? Bouclez en 45 min et vous avez 15 min de repos. En 56 min, il vous en reste 4. Dépassez l’heure et vous êtes éliminé. Le vainqueur ? Le dernier à repartir et à terminer la boucle supplémentaire. D’où cette question qui revient toutes les 60 minutes : One more loop ?

C’est exactement ce que Clément Deffrenne, alias @Clemquicourt, avait prévu de faire vivre à sa communauté en novembre 2026 avec « Les 24 heures qui courent » : 100 participants, 10 équipes mixtes créateurs/communauté, courant chacune pour une association.

Je voulais donc écrire une tribune pour raconter comment il allait bousculer les codes du marketing sportif. Une Backyard transformée en spectacle sportif, social et caritatif, pensée pour Twitch.
Je mesure d’autant mieux l’ambition du projet que, pendant trois ans, j’ai accompagné un constructeur automobile sur sa stratégie WEC (Championnat du monde d’endurance). Des courses de 6, 8, 24 heures. Des récits humains, techniques extraordinaires et pourtant, difficile de faire regarder ça à quelqu’un qui n’est pas déjà converti.
Le sport d’endurance a un défi structurel : il demande du temps, de la patience, une culture préalable. Et pourtant, Squeezie explose le record du streaming francophone en réunissant 1,37 M de viewers simultanés sur Twitch pour le GP Explorer. Des viewers au rendez-vous, pas seulement pour une course mais pour des personnages que l’audience aime déjà. Clem avait compris la leçon : les créateurs ne se contentent plus de commenter le sport, ils le transforment en média vivant.

Mais voici que, samedi 25 avril, il publie une vidéo accompagnée d’un court message : « Toutes les belles histoires ont une fin. Merci. »
Près de 249 000 likes. Vraie fin, pause, teasing ? Personne ne sait.

Et c’est là que le cas Clem devient intéressant. Il réussit une chose rare : faire événement avec le silence. Dans une économie de l’attention saturée, où tout le monde publie, tease et relance, Clem fait l’inverse. Il raréfie. Il laisse un vide qui devient un espace d’interprétation collectif.
On parle de lui parce qu’il ne dit plus rien. C’est peut-être la meilleure définition contemporaine de l’influence : non pas seulement capter l’attention quand on parle, mais continuer à l’occuper quand on se tait.

Depuis 2023, il a compris que le running n’est plus seulement une pratique sportive. C’est une culture, un langage, un territoire social. En France, 12,4 M de personnes courent, avec tous les nouveaux diktats qui vont avec : allures affichées, segments Strava, records personnels, mise en scène permanente du dépassement de soi, à en faire perdre l’envie de courir juste pour courir.

Clem a choisi une autre porte d’entrée : trail et ultra avec les codes du gaming et de la pop culture. Il rend l’effort drôle, imparfait, vulnérable. Il ne cherche pas seulement à courir plus loin : il donne envie de regarder quelqu’un courir loin. Résultat : 580 K abonnés Instagram, 188 K sur YouTube, 28 K sur Twitch et les sponsors adorent.

One more loop. Clem applique à sa propre histoire la logique même de la Backyard : il nous ramène sans cesse sur la ligne de départ (et, au passage, fait tourner ma tribune en boucle).
Car dans le sport comme dans le contenu, les plus forts ne sont pas ceux qui vont le plus vite. Ce sont ceux qui donnent envie aux autres de rester jusqu’à la prochaine boucle.

Teaser ou vraie fin ? Personne ne sait encore. Mais une chose est sûre : le format confidentiel de la Backyard attendait, sans le savoir, son GP Explorer.
Et Clem avait tout pour en être le déclencheur.

Et il a encore beaucoup de monde dans le sas de départ !

Sandrine Plasseraud, fondatrice du Studio Sérendipité


NDLR : La réponse au teaser ne s'est pas faite attendre... et Clem en a effectivement été le déclencheur... One More Loop ! ;)

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