Le candidat politique se veut influenceur, ou plus exactement créateur de contenu. Pour faire bouger l’opinion, il ne suffit plus d’être présent sur les réseaux sociaux, il faut surtout adopter les codes des créateurs de contenu et devenir son propre média.

Nous en avions fait la démonstration à l’automne dernier avec Zohran Mamdani, qui a remporté la mairie de New York en s’imposant comme créateur sur les réseaux sociaux. Sans le vouloir, il a écrit le mode d’emploi de ce nouveau paradigme de la communication politique. Son playbook va bien plus loin qu’une direction artistique aux couleurs pop : il sert à instrumentaliser les réseaux sociaux en média de proximité au service d’un suffrage local où l’authenticité et la proximité priment.

À travers une méthodologie propriétaire, détaillée plus bas, SocialRama analyse la capacité de nos candidats à adopter ce playbook pour bousculer les équilibres politiques en place. Sans jugement sur le fond des programmes, ni analyse politique, mais avec une grille de lecture issue de notre expertise de la creator economy, de l'approche du maire de New York et des mécaniques des réseaux sociaux, nous évaluons leur crédibilité en tant qu’influenceurs en analysant un échantillon de leurs vidéos au prisme de quatre dimensions :

  • L’authenticité du candidat à l’écran, car il ne suffit pas de se filmer face caméra pour être créateur ;
  • La cohérence de leur ligne éditoriale, car parler de tout, c’est parler de rien ;
  • Leur capacité à développer des collabs locales, IRL et URL ;
  • Et enfin, quatrième angle d’étude, leur capacité à résonner au-delà de leurs supporters, car convaincre un convaincu est nécessaire, mais pas suffisant.

De cette analyse qualitative, nous faisons un diagnostic du candidat en créateur, de ce diagnostic nous faisons score. De ce score, nous évaluons la capacité de chaque candidat à être crédible en tant que créateur de contenus.
C’est la CreatorCred, l’index de street credibility des candidats aux Municipales 2026.

Et aujourd’hui, c’est à Marseille.

Marseille (13)

Contexte : Marseille est la deuxième ville de France, avec plus de 870 000 habitants, et le cœur d’une métropole qui dépasse 1,8 million d’habitants. Longtemps dominée par la droite, la ville a basculé en 2020 avec la victoire du Printemps marseillais, une coalition de gauche menée par Michèle Rubirola, à laquelle a succédé Benoît Payan quelques mois plus tard. À l’approche des élections municipales, la compétition s’installe entre quatre candidats majeurs : le maire sortant (coalition de gauche Printemps marseillais), Martine Vassal (LR), Sébastien Delogu (LFI) et Franck Allisio (RN).

Pour cette analyse marseillaise, nous avons retenu les quatre candidats en tête des sondages, dont l’activité sur Instagram permet d’observer une véritable stratégie de création de contenu, au regard du volume de publications vidéo et de la régularité de leur présence sur la plateforme : @pour.marseille (2 764 abonnés), compte de campagne de Benoît Payan ; @martinevassal (12 669 abonnés) ; @sebastien_delogu (442 630 abonnés) et @franck.allisio (11 242 abonnés).

Notre analyse se concentre uniquement sur les candidats à la mairie centrale, et non sur les têtes de liste dans les différents arrondissements ou secteurs, qui constituent pourtant une particularité du système électoral marseillais (mais également à Paris et à Lyon).

Par ailleurs, Benoît Payan mène sa campagne sur un compte dédié, @pour.marseille, distinct de son compte personnel de maire (@benoit.payan). Notre analyse porte donc uniquement sur ce compte de campagne.

Détail des résultats par dimension

Score d'Authenticité à l’écran :

#1 @sebastien_delogu (70/100) #2 @franck.allisio (67/100) #3 @pour.marseille (63/100) #4 @martinevassal (52/100)

@sebastien_delogu adopte une immersion quasi permanente : tractages dans les quartiers Nord, échanges avec des boulistes ou des jeunes de la Busserine. Il parle face caméra, interpelle ses adversaires et assume la confrontation, y compris à l’Assemblée. Ses vidéos sont souvent longues et très peu accompagnées de texte, mais l’énergie et la spontanéité nourrissent un sentiment d’authenticité fort. Elles présentent aussi une colorimétrie très travaillée, avec des tons chauds et un contraste renforcé. Les vidéos capturées ci-dessous affichent d’ailleurs exactement la même signature visuelle, signe probable de l’utilisation d’un preset appliqué au montage. On observe également des fuites de lumière (lens flares) lorsque la caméra filme face au soleil, un effet fréquent utilisé par les créateurs sur CapCut ou TikTok. L’ensemble donne au compte une identité visuelle cohérente et rapproche sa communication des formats natifs de la creator economy.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@franck.allisio mise sur le face caméra offensif. Annonce de la venue de Louis Aliot sur le sujet du narcotrafic, réactions post-débat, séquences devant des scooters calcinés après une manifestation pro-kurde ou lors de la procession des navettes : il commente l’actualité en temps réel. La posture est directe, structurée autour de la dénonciation du laxisme supposé de ses adversaires. Les vidéos adoptent en parallèle une esthétique visuelle assez travaillée : colorimétrie chaude, lumière de fin de journée et léger vignettage qui assombrit les bords de l’image pour concentrer l’attention sur le visage. Ce type de preset, également fréquent dans les montages CapCut ou TikTok, donne aux séquences une tonalité plus cinématographique et narrative.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@pour.marseille (Benoît Payan) privilégie des formats d’interview, parfois sans que l’on entende la question, et des séquences de meeting montées en musique. Il alterne tribunes face à une foule (annonce d’un grand boulodrome couvert), vidéo plus brute dans le quartier de la Solidarité avec Samia Ghali, et interventions médiatiques face à Franck Allisio. Certaines séquences adoptent aussi un format typique de la creator economy : conversation filmée en voiture, montée en split screen vertical, qui permet de montrer simultanément le maire et son interlocutrice, mais aussi des plans de la ville pour appuyer son propos. Néanmoins, cette approche créateur est moins fréquente que chez les deux premiers candidats analysés, et on retombe vite dans des formats plus classiques et plus descendants.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@martinevassal adopte un style singulier : assise face caméra, elle répond aux questions d’internautes dans une série récurrente (« Je réponds à vos questions »). Le dispositif est stable, presque pédagogique, bien qu’un peu austère. La question apparaît en vignette avec le pseudo de l’utilisateur, reproduisant l’interface des commentaires Instagram : un format classique de TikTok et Instagram.  

Ce format rappelle certains contenus utilisés par Zohran Mamdani à New York, mais intégrés dans sa campagne à un dispositif plus large mêlant créateurs et habitants filmés avec lui. Chez Martine Vassal, le dispositif reste plus frontal. La lecture très fidèle des questions et une interaction limitée avec l’audience donnent parfois l’impression d’un format encore peu approprié aux codes natifs des plateformes. Une mise à distance plus assumée, voire un traitement plus humoristique de ce dispositif, aurait pu renforcer l’effet d’authenticité recherché.

sources : vidéo 1 vidéo 2 et Mamdani en mode Q&A dans la rue

Score de Cohérence de la Parole :

#1 @martinevassal (78/100) #2 @sebastien_delogu (75/100) #3 @franck.allisio (65/100) #4 @pour.marseille (40/100)

@martinevassal obtient le score le plus élevé en cohérence. Sa série de réponses aux internautes, ses prises de position sur les quartiers nord, ses interventions médiatiques et ses séquences patrimoniales composent un récit stable, structuré autour des thématiques de l’élection locale : gestion, proximité, attachement aux traditions marseillaises et volonté d’alternance.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@sebastien_delogu développe une ligne très identifiable : quartiers nord, lutte contre l’économie souterraine, réquisition des logements vides, dénonciation des opérations sécuritaires jugées inefficaces. Même lorsque les formats sont longs, la cohérence thématique irrigue l’ensemble de ses vidéos.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@franck.allisio articule sécurité, propreté et prospérité comme triptyque central. Narcotrafic, insécurité ressentie par une étudiante à la Timone, émeutes, dénonciation de l’« islamo-gauchisme » : chaque vidéo renvoie à la nécessité d’une autorité municipale.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@pour.marseille (Benoît Payan) structure sa parole autour de quelques marqueurs forts : permis de louer, tunnels à 1 euro, moins de béton et plus de nature dans le Vieux-Port, création d’un grand boulodrome, front républicain face au RN. Toutefois, l’alternance entre meetings, interviews, annonces programmatiques et séquences militantes dilue parfois la colonne vertébrale des sujets abordés.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

Score de Collab Locale :

#1 @pour.marseille (40/100) #2 @martinevassal (33/100) #3 @franck.allisio (30/100) #4 @sebastien_delogu (25/100)

@pour.marseille (Benoît Payan) met en scène plusieurs lieux emblématiques de la ville, comme la Canebière, la Solidarité ou les quartiers nord, ainsi que des annonces liées au logement. Les collaborations existent, notamment avec Samia Ghali et Amine Kessaci, mais restent ponctuelles.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@martinevassal investit des lieux symboliques ou des personnalités emblématiques : Notre-Dame de la Garde, clubs de pétanque, communauté arménienne, figures de l’OM. La dimension patrimoniale est forte, mais les collaborations restent institutionnelles.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

@franck.allisio privilégie des séquences chez l’habitant, dans l’espace public ou lors d’événements religieux. L’ancrage local est réel, mais souvent subordonné à un message politique national.

sources : vidéo 1 vidéo 2

@sebastien_delogu filme abondamment les quartiers populaires et les marchés, notamment les commerçants du marché du Soleil, qu’il soutient après une opération policière. Les habitants apparaissent dans les vidéos, mais ils ne sont pas intégrés à la diffusion des contenus, contrairement à Mamdani à New York, qui taguait systématiquement ses soutiens et les lieux visités.

sources : vidéo 1 vidéo 2 et Reel Mamdani faite en collaboration avec quatre "locaux"

Score de Résonance :

#1 @sebastien_delogu (32/100) #2 @martinevassal (7/100) #3 @pour.marseille (7/100) #4 @franck.allisio (4/100)

Pour mesurer la résonance des Reels publiés par les candidats, nous prenons comme référence la vidéo la plus vue de la campagne marseillaise à ce stade. Chaque vidéo obtient ainsi un score de performance en résonance.

Avec en moyenne plus de 400 K vues, @sebastien_delogu domine nettement. Son intervention à l’Assemblée nationale au sujet de l’opération Trident lui permet même de dépasser le million de vues (1,4 M). Cette performance s’explique aussi par la taille très supérieure de son audience (plus de 440 000 abonnés), qui le rapproche davantage d’un profil de quasi-influenceur politique que d’un candidat local classique. Son compte fonctionne ainsi comme un média militant personnel, nourri de confrontations politiques, d’extraits d’interventions et de réactions à l’actualité, des formats qui circulent particulièrement bien sur les plateformes.

source : vidéo, chiffres arrêtés au 1er mars

La vidéo la plus regardée de @martinevassal est celle de l’inauguration du restaurant de l’ancien footballeur Éric Di Meco (457 K vues).

@pour.marseille (Benoît Payan) atteint son record avec l’annonce de l’ouverture du premier boulodrome couvert à Marseille (232 K vues).

Pour @franck.allisio, la vidéo la plus vue est celle filmée après le débat sur les municipales sur BFM TV (153 K vues).

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3, chiffres arrêtés au 1er mars

CreatorCred - Synthèse

À Marseille, les candidats mobilisent des codes variés de la creator economy, mais sans encore en exploiter pleinement la mécanique virale. L’authenticité repose surtout sur l’immersion et le face caméra, avec un avantage net pour Sébastien Delogu, dont le compte fonctionne presque comme un média militant personnel et génère les plus fortes résonances.

Martine Vassal et Franck Allisio affichent des lignes éditoriales très lisibles : gestion et traditions pour l’une, sécurité et autorité pour l’autre. Benoît Payan alterne, lui, formats militants et communication de mandat, avec quelques emprunts aux formats de créateurs (conversation filmée, split screen).

L’ancrage local est omniprésent : quartiers nord, Canebière, Notre-Dame de la Garde, figures de l’OM. Mais ces lieux restent surtout des décors politiques. Contrairement à la campagne de Zohran Mamdani à New York, où commerçants et habitants étaient systématiquement identifiés et participaient à la diffusion des contenus, les collaborations numériques restent ici limitées.

Les formats de la creator economy sont bien présents, mais leur logique de co-visibilité et de circulation algorithmique reste encore peu exploitée.

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Analyse SocialRama, sources : Instagram, chiffres arrêtés au 1er mars 2026

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//// Relire la méta-chronique sur l'élection de Zohran Mamdani :

De quoi l’élection de Zohran Mamdani est-elle le nom ?
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