Le candidat politique se veut influenceur, ou plus exactement créateur de contenu. Pour faire bouger l’opinion, il ne suffit plus d’être présent sur les réseaux sociaux, il faut surtout adopter les codes des créateurs de contenu et devenir son propre média.

Nous en avions fait la démonstration à l’automne dernier avec Zohran Mamdani, qui a remporté la mairie de New York en s’imposant comme créateur sur les réseaux sociaux. Sans le vouloir, il a écrit le mode d’emploi de ce nouveau paradigme de la communication politique. Son playbook va bien plus loin qu’une direction artistique aux couleurs pop : il sert à instrumentaliser les réseaux sociaux en média de proximité au service d’un suffrage local où l’authenticité et la proximité priment.

À travers une méthodologie propriétaire, détaillée plus bas, SocialRama analyse la capacité de nos candidats à adopter ce playbook pour bousculer les équilibres politiques en place. Sans jugement sur le fond des programmes, ni analyse politique, mais avec une grille de lecture issue de notre expertise de la creator economy, de l'approche du maire de New York et des mécaniques des réseaux sociaux, nous évaluons leur crédibilité en tant qu’influenceurs en analysant un échantillon de leurs vidéos au prisme de quatre dimensions :

  • L’authenticité du candidat à l’écran, car il ne suffit pas de se filmer face caméra pour être créateur ;
  • La cohérence de leur ligne éditoriale, car parler de tout, c’est parler de rien ;
  • Leur capacité à développer des collabs locales, IRL et URL ;
  • Et enfin, quatrième angle d’étude, leur capacité à résonner au-delà de leurs supporters, car convaincre un convaincu est nécessaire, mais pas suffisant.

De cette analyse qualitative, nous faisons un diagnostic du candidat en créateur, de ce diagnostic nous faisons score. De ce score, nous évaluons la capacité de chaque candidat à être crédible en tant que créateur de contenus. C’est la CreatorCred, l’index de street credibility des candidats aux Municipales 2026.

Et aujourd’hui, c’est à Lyon.

Lyon (69)

Contexte : Lyon est la troisième ville de France avec plus de 520 000 habitants. Elle constitue aussi le cœur d’une métropole qui dépasse 1,4 million d’habitants. La municipalité est dirigée depuis 2020 par Grégory Doucet, élu dans la vague écologiste qui a marqué les grandes villes françaises lors des dernières municipales. À l’approche des élections municipales, le duel s’installe entre le maire sortant (union de la gauche) et Jean-Michel Aulas (Cœur lyonnais, union de la société civile). Ancien président de l’Olympique lyonnais pendant plus de trois décennies, figure centrale du développement économique et sportif lyonnais, Aulas dispose d’une notoriété locale exceptionnelle et d’une forte présence sur les réseaux sociaux, qu’il utilise depuis longtemps pour commenter l’actualité du club et du territoire. Au total, neuf candidats briguent la mairie.

Pour cette analyse lyonnaise, nous avons retenu les deux candidats dont l’activité sur Instagram présentait le corpus de contenus le plus exploitable, notamment par le volume de publications vidéo et la régularité de leur présence sur la plateforme : le maire sortant @gregorydoucetlyon (16 739 abonnés) et son principal challenger @jeanmichelaulasoff (64 368 abonnés).

À noter enfin que Jean-Michel Aulas publie très peu de vidéos sur son compte Instagram. Son premier Reel date d’avril 2025 (et ne concernait pas sa candidature), ce qui explique la faiblesse du corpus analysé. Il reste en revanche très actif sur X...

Détail des résultats par dimension

Score d'Authenticité à l’écran :

#1 @jeanmichelaulasoff (47/100) #2 @gregorydoucetlyon (30/100) 

@jeanmichelaulasoff, habitué des prises de parole publiques, opte pour des formats plus émotionnels : retrouvailles avec des légendes de l’Olympique lyonnais, soutien de Karim Benzema, rencontre avec la police municipale, déambulations auprès d’habitants. Les vidéos sont souvent musicales. L’authenticité repose sur la notoriété et l’affect, mais le face caméra direct demeure rare.

Le cas Aulas est ici particulier et très intéressant pour notre indice CreatorCred’ : figure centrale de l’Olympique lyonnais pendant 36 ans (1987-2023), il s’est imposé au fil des années comme l’un des dirigeants sportifs français les plus actifs sur les réseaux sociaux. Il utilise notamment X (Twitter) comme un média personnel pour commenter l’actualité du club et dialoguer directement avec les supporters. Cette familiarité avec la prise de parole numérique lui donne une aisance médiatique réelle, mais elle s’inscrit davantage dans une logique d’interpellation et de débat propre à Twitter que dans la grammaire vidéo d’Instagram. Le passage au format filmé, face caméra, souvent spontané, tourné à l’iPhone et pensé pour capter l’attention en quelques secondes, constitue un exercice différent, dans lequel l’authenticité repose davantage sur l’exposition personnelle que sur l’autorité ou la notoriété. Aulas y apparaît encore plus comme une figure publique médiatique que comme un créateur de contenu natif des plateformes.

sources : vidéo 1 vidéo 2

@gregorydoucetlyon privilégie les vidéos tournées dans son bureau pour répondre point par point aux attaques de son adversaire. Il adopte parfois le ton du fact-checkeur, chiffres à l’appui, pour démonter le programme de Jean-Michel Aulas ou dénoncer son refus supposé des débats. En parallèle, il publie des séquences en musique sur la Part-Dieu, Bellecour ou les plantations rue Bonnel, ainsi que des déambulations à vélo le long de la Saône. Dans ces vidéos, il n’apparaît pas et ne prend pas la parole. L’ensemble est cohérent, mais l’incarnation reste très maîtrisée, peu spontanée, souvent institutionnelle.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

Score de Cohérence de la Parole :

#1 @jeanmichelaulasoff (90/100) #2 @gregorydoucetlyon (85/100) 

@jeanmichelaulasoff construit une ligne tout aussi lisible : sécurité (soutien à la police municipale), fierté lyonnaise, jeunesse, attractivité et dépassement collectif. L’imaginaire sportif irrigue son discours, transposé à la gestion municipale.

source : vidéo

Le maire sortant développe un récit structuré autour de la transformation écologique : plantations massives, rues végétalisées, chantiers aboutis (Garibaldi, Bonnel, Université), mobilités douces, cantines solidaires inspirées du modèle de la Mesa dans le 8e arrondissement. Chaque vidéo met en scène la continuité d’une action municipale et la défense d’un bilan.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3

Score de Collab Locale :

#1 @jeanmichelaulasoff (50/100) #2 @gregorydoucetlyon (40/100) 

@jeanmichelaulasoff capitalise sur des symboles puissants de l’identité lyonnaise : OL, figures du club, police municipale, habitants rencontrés en déambulation. La stratégie repose davantage sur la notoriété et les réseaux existants que sur une co-création numérique avec des acteurs de quartier.

sources : vidéo 1 et Mamdani géolocalisé dans un commerce du Bronx

@gregorydoucetlyon met en scène des lieux identifiables (Part-Dieu, Bellecour, Saône, Lyon 7…) et des projets concrets. L’ancrage est territorial, géolocalisé, mais peu incarné par des figures locales récurrentes.

Dans les deux cas, l’ancrage dans la ville reste donc principalement incarné par des lieux ou des symboles plutôt que par des collaborations numériques structurées avec des créateurs locaux. C’est précisément l’un des éléments qui avait marqué la campagne de Zohran Mamdani à New York : l’utilisation systématique de figures locales (commerçants, habitants, micro-créateurs, micro-média…) comme partenaires de contenu, transformant chaque rencontre en séquence partageable. À Lyon, cette logique de co-création reste encore marginale : la ville apparaît davantage comme un décor politique que comme un écosystème de créateurs mobilisé par les candidats.

sources : vidéo 1 vidéo 2 et Mamdani à Chinatown en collaboration avec un néo-média local

Score de Résonance :

#1 @gregorydoucetlyon (42/100) #2 @jeanmichelaulasoff (34/100) 

Pour mesurer la résonance des Reels publiés par nos candidats, nous prenons comme unité de référence le nombre de vues du Reel le plus vu de la campagne des candidats lyonnais à date. Chaque vidéo obtient ainsi un score de performance en résonance.

@gregorydoucetlyon se montre particulièrement performant lorsqu’il s’en prend à son principal adversaire, notamment en le critiquant pour son refus de participer à tout débat (543 K vues) ou encore lorsqu’il réplique à ses attaques, comme celle où celui-ci lui avait conseillé de retourner à l’école (406 K vues). Cela confirme une mécanique bien connue des plateformes sociales : les contenus de confrontation ou de réponse directe génèrent davantage d’attention que les formats de bilan ou de pédagogie. Les vidéos les plus vues de Grégory Doucet correspondent précisément à ces moments de tension politique, où le format court d’Instagram devient un outil de réplique rapide dans le duel qui l’oppose à Jean-Michel Aulas.

@jeanmichelaulasoff se distingue particulièrement dans une vidéo où des habitants lui témoignent leur soutien dans la rue (397 K vues). Mais les performances de ses autres vidéos restent en retrait au regard de sa notoriété. Ce score relativement modéré de Jean-Michel Aulas sur cette dimension tient en partie à la nature de son audience. Sa popularité locale s’est construite hors des plateformes vidéo, pendant plus de trente ans dans le football et la vie économique lyonnaise. Ce capital d’attention ne se convertit pas mécaniquement en viralité sur Instagram, dont la grammaire vidéo repose davantage sur les codes des créateurs de contenu et la logique algorithmique des formats. Et, comme nous l’avons écrit plus haut, son activité sur Twitter ne lui garantit rien sur Instagram.

sources : vidéo 1 vidéo 2 vidéo 3, chiffres arrêtés au 1er mars

CreatorCred - Synthèse

À Lyon, les deux candidats ont intégré les codes des créateurs, mais avec une incarnation mesurée et souvent institutionnelle. L’ancrage territorial est réel, à travers des lieux emblématiques, l’OL ou des projets urbains, mais les collaborations numériques structurées restent limitées.

Grégory Doucet privilégie le fact-check et la mise en récit de son bilan écologique, avec une cohérence forte mais peu de spontanéité. Sa communication reste largement structurée par son statut de maire sortant et par l’héritage d’une parole institutionnelle difficile à transformer radicalement à l’approche d’une campagne.

Jean-Michel Aulas, à l’inverse, capitalise sur l’affect, la notoriété et l’imaginaire sportif pour structurer une ligne lisible autour de la sécurité et de la fierté lyonnaise. Son cas illustre toutefois une transition particulière : celle d’une figure publique déjà très médiatisée qui tente de s’approprier les codes de la creator economy. Son capital de notoriété, construit pendant 36 ans à la tête de l’Olympique lyonnais, lui offre une base d’attention immédiate, mais ne produit pas nécessairement les effets d’authenticité ou de viralité propres aux créateurs natifs des plateformes.

Lyon offre ainsi un cas intéressant : deux candidats qui ont intégré les codes des plateformes, mais dont l’incarnation reste encore éloignée de la spontanéité et de l’exposition personnelle caractéristiques des créateurs de contenu.

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Analyse SocialRama, sources : Instagram, chiffres arrêtés au 1er mars 2026

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//// Relire la méta-chronique sur l'élection de Zohran Mamdani :

De quoi l’élection de Zohran Mamdani est-elle le nom ?
La méta-chronique dévoile ce que les créateurs nous montrent, et ce qu’il faut en retenir pour vous et pour notre époque. Cette semaine, focus sur le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani.

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