Depuis le début des années 2010 et l’essai d’Eli Pariser (NDLR : son best-seller The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You), l’une des accusations récurrentes portées aux réseaux sociaux et à leurs algorithmes est d’isoler les audiences dans des bulles de filtres. Désignés comme les fossoyeurs du commun et du vivre-ensemble, ils sont jugés responsables de la polarisation d’une société dont les individus ne disposent plus des sources d’information et culturelles communes qu’apportaient les grandes messes télévisuelles, comme le journal de 20 heures (13,4 millions de spectateurs ; 47 % de part d’audience en 2011 lors des excuses de DSK sur TF1) ou les cartons du box-office du cinéma populaire (Bienvenue chez les Ch’tis, 20,4 millions d’entrées ; Intouchables, 19,2 millions d’entrées).

Pour nous, audiences éclatées et lovées dans des niches hermétiques les unes aux autres, l’expression « t’as la ref ? » est devenue l’incipit de tout small talk du quotidien, afin de s’assurer de partager la connaissance d’un créateur ou d’un contenu vu sur Instagram, TikTok, Snapchat ou YouTube.

Pierre Niney ici , , et

Mais à l’occasion de la promotion du film Gourou, alors que nous pensions ne plus disposer de cet espéranto culturel que nous fournissaient les médias de masse, un cri émerge des tréfonds des feeds : « Pierre Niney est partout ». Les créateurs expérimentent la saturation, ce moment bien connu des media planners où une audience est exposée trop souvent à un message publicitaire, au point que celui-ci perd en efficacité, voire provoque un rejet.

L'occasion aussi d'enrichir son vocabulaire avec ce bel ''ubiquitaire'' de France TV Culture

Il faut dire que Pierre Niney, acteur des années 2020 ayant réussi l’amalgame entre le classicisme de l’audiovisuel (Comédie-Française, formats courts Casting(s), cinéma) et la modernité des réseaux (@pierreniney, 27,7 M de followers, les collabs, ses ânes), s’est imposé en quelques années comme le bon client des créateurs et des néo-médias. À l’image d’un Benoît Poelvoorde au Grand Journal, d’un Fabrice Luchini chez Marc-Olivier Fogiel ou d’un Jamel Debbouze aux Enfants de la télé, Pierre Niney en comprend les codes et les mécaniques, tant et si bien qu’il dispose de son rond de serviette chez Brut, Konbini, HugoDécrypte, Loris Giuliano, McFly et Carlito, Squeezie… mais aussi dans toutes les émissions télé et radio historiques : C à vous, Quotidien, la matinale de France Inter…

La sortie du film Gourou ajoute du Pierre Niney acteur en promotion de son film au Pierre Niney bon client de la creator economy, au @pierreniney créateur. À l’image d’une pub Carglass, d’un pre-roll de Franck Leboeuf ou des collabs NordVPN, Pierre Niney sature l’espace médiatique, de nos écrans de télévision à nos smartphones. En déplaise aux techno-pessimistes, le commun peut encore exister au sein de nos bulles de filtres : les médias n’en sont plus les vecteurs, les artistes, comédiens, musiciens devenus créateurs, eux, le sont.

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