L’agence de représentation de talents (McFly, Carlito, Maghla, Djilsi, Billy, Doigby, Gotaga…) montée par Squeezie il y a cinq ans est entrée en négociation exclusive pour être rachetée par le fonds d’investissement Impala, un groupe déjà présent dans le cinéma et le management d’artistes. Une information révélée par La Lettre il y a quelques jours.
Cette opération intervient dans un contexte de structuration du marché de l’influence. En France comme à l’international, les agences de créateurs attirent de plus en plus les investisseurs, séduits par les 25 % de croissance annuelle du secteur et par la convergence entre legacy médias, plateformes sociales et industrie du divertissement.
Fondée par Squeezie en 2020 et dirigée par Josh Roa, Laurent Rumayor et Sébastien Galli, Bump s’est imposée comme l’une des plus importantes structures d’influence du marché français. Basée à Paris, elle compte plus de 70 créateurs dans son roster et a réalisé des événements majeurs comme le GP Explorer. Elle revendique plus de 3 milliards de vues toutes plateformes confondues, 300 clients actifs et 1 500 partenariats réalisés en 2025.
Par son ampleur et sa précocité, ce rachat pose plusieurs questions.
Qui est l’acheteur ?
Jacques Veyrat, diplômé de Polytechnique, est un homme d’affaires français plutôt discret, mais extrêmement influent : il a vendu Neuf Cegetel à SFR en 2008 puis, Direct Énergie à Total en 2018, des succès qui lui ont permis de devenir la 35e plus grosse fortune de France selon Challenges. Il est aujourd’hui président du conseil d’administration de Fnac Darty et dirige surtout son fonds d’investissement Impala.

Son intérêt pour la Creator Economy est assez cohérent dans la mesure où il détient déjà dans son portefeuille plusieurs participations dans le cinéma, notamment Trésor Films (qui a produit Les Petits Mouchoirs, Polisse, Le Grand Bain...), Les Films du Losange ou encore CG Cinéma.
Quelle est la logique industrielle de ce rapprochement ?
En réalité, c’est surtout l’association avec une agence de représentation d’artistes, en parallèle de Bump, qui donne tout son sens au nouvel ensemble. Placé dans une même holding, Paradis, dirigée par Matthieu Viala et intégré dans le giron d’Impala, Bump côtoiera en effet Adéquat, la plus importante agence de talents en France, qui représente plus de 700 personnalités, acteurs et chanteurs tels que Jonathan Cohen, Léa Seydoux, Omar Sy, François Civil, Camille Cottin, Marion Cotillard, Virginie Efira, Pierre Niney...
A posteriori, le promo-tour de Pierre Niney chez plusieurs grands YouTubeurs pour son film Gourou apparaît comme un test grandeur nature des synergies possibles entre ces deux univers, entre cinéma et néomédias, entre acteurs et influenceurs.
Et comme le souligne La Lettre, ce type d’opération s’inscrit dans une tendance déjà visible aux États-Unis. En 2025, Fox Corporation a racheté Red Seat Ventures, une société qui produit et monétise des podcasts de personnalités afin d’étendre la présence de ses talents au-delà de la télévision vers des plateformes comme YouTube ou Spotify.

Enfin, toujours selon les informations de La Lettre, Publicis aurait également été positionné sur le deal, mais sans succès. Si cette option avait abouti, la chaîne de valeur n’aurait-elle pas été bousculée avec une agence de communication (Publicis), supposée incarner un conseil objectif pour ses clients, rachetant un agent de talents ? Publicis aurait alors été juge et partie, une posture rarement confortable dans un métier qui revendique la neutralité. Les clients du groupe auraient bénéficié d’un accès privilégié aux talents, mais ces derniers auraient pu souffrir d’un boycott des concurrents de Publicis.
Ce rachat n’est-il pas extrêmement risqué ?
La valeur de l’agence repose avant tout sur les créateurs de contenu qu’elle représente. Les contrats qui les lient à la société peuvent s’étendre de un à trois ans, ce qui rend cet actif particulièrement volatile.
On l’a vu il y a quelques années avec leur départ de Webedia pour rejoindre la structure créée par Squeezie. Projet plus attractif, relation interpersonnelle, commission plus avantageuse : les raisons de changer d’agent sont nombreuses.
Pour limiter ce risque, le rachat est probablement accompagné d’un engagement sur le long terme de la part de l’équipe dirigeante, comme l’évoque La Lettre dans son article.
Mais au final, la perspective de synergies avec le cinéma et la proximité d’acteurs et de chanteurs stars au sein du même groupe n’est-elle pas le meilleur facteur de rétention des talents de Bump à moyen et long terme ?
Quel est le prix de vente ?
C’est la grande question. Deux paramètres permettent d’approcher la valorisation : l’EBITDA et son multiple. Le produit de l’un par l’autre donne la valeur de la société acquise.
Comme on l’a étudié dans notre analyse du bilan annuel de Quartermast Advisors, les agences de talents dans la Creator Economy se valorisent généralement entre six et neuf fois leur EBITDA. Mais compte tenu de la position de leader de Bump, de sa croissance et de sa visibilité médiatique, le très haut de la fourchette pourrait s’appliquer pour le multiple, soit entre neuf et dix fois l’EBITDA.
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