Le candidat politique se veut influenceur, ou plus exactement créateur de contenu. Pour faire bouger l’opinion, il ne suffit plus d’être présent sur les réseaux sociaux, il faut surtout adopter les codes des créateurs de contenu et devenir son propre média.
Nous en avions fait la démonstration à l’automne dernier avec Zohran Mamdani, qui a remporté la mairie de New York en s’imposant comme créateur sur les réseaux sociaux. Sans le vouloir, il a écrit le mode d’emploi de ce nouveau paradigme de la communication politique. Son playbook va bien plus loin qu’une direction artistique aux couleurs pop : il sert à instrumentaliser les réseaux sociaux en média de proximité au service d’un suffrage local où l’authenticité et la proximité priment.
À travers une méthodologie propriétaire, détaillée plus bas, SocialRama analyse la capacité de nos candidats à adopter ce playbook pour bousculer les équilibres politiques en place. Sans jugement sur le fond des programmes, ni analyse politique, mais avec une grille de lecture issue de notre expertise de la creator economy, de l'approche du maire de New York et des mécaniques des réseaux sociaux, nous évaluons leur crédibilité en tant qu’influenceurs en analysant un échantillon de leurs vidéos au prisme de quatre dimensions :
- L’authenticité du candidat à l’écran, car il ne suffit pas de se filmer face caméra pour être créateur ;
- La cohérence de leur ligne éditoriale, car parler de tout, c’est parler de rien ;
- Leur capacité à développer des collabs locales, IRL et URL ;
- Et enfin, quatrième angle d’étude, leur capacité à résonner au-delà de leurs supporters, car convaincre un convaincu est nécessaire, mais pas suffisant.
De cette analyse qualitative, nous faisons un diagnostic du candidat en créateur, de ce diagnostic nous faisons score. De ce score, nous évaluons la capacité de chaque candidat à être crédible en tant que créateur de contenus.
C’est la CreatorCred, l’index de street credibility des candidats aux Municipales 2026.
Et aujourd’hui, c’est à Nice.
Nice (06)
Contexte : Nice est la cinquième ville de France avec plus de 350 000 habitants. La municipalité est dirigée depuis 2008 par Christian Estrosi. À l’approche des élections municipales, le duel s’installe entre le maire sortant (soutenu par Horizons et Les Républicains) et Eric Ciotti (soutenu par l’UDR et le Rassemblement National), les deux favoris d’après les sondages.
Pour cette analyse niçoise, nous avons sélectionné les deux candidats qui se sont le plus mués en créateurs de contenus au regard de leur volume de publications vidéo et de leur présence régulière sur Instagram : le maire sortant @cestrosi (97 745 abonnés) et son principal challenger @eciotti (84 405 abonnés).

Détail des résultats par dimension
Score d'Authenticité à l’écran :
#1 @cestrosi (73/100) #2 @eciotti (63/100)
@cestrosi assume une incarnation directe : face caméra à l’église pour Noël, en conférence longue pour répondre aux rumeurs sur sa santé, ou en immersion lors du Marathon Nice-Cannes, il se fait sujet et acteur de ses vidéos. Il parle, explique et détaille. Cette posture descendante renforce la perception d’un maire sortant en fonction. Il bute néanmoins sur sa capacité à sortir du script, accepter l’interactivité et adopter des formats créatifs innovants.

@eciotti au contraire privilégie des formats courts et peu verbaux issus de la grammaire des créateurs : POV avec des boulistes, image dissonante avec l’aigle de Nice sur le bras, séquence baguette en main en voix off. Il parle néanmoins rarement face caméra et utilise des textes brefs, souvent réduits à une phrase. Cette tactique opportuniste renforce l’image d’un candidat ancré dans sa ville mais en oublie alors de délivrer des propositions concrètes pour Nice. Une fois homme politique, une fois influenceur, rarement les deux à la fois, ce qui a pourtant été l’équilibre atteint par Mamdani à New York.

Score de Cohérence de la Parole :
#1 @cestrosi (85/100) #2 @eciotti (40/100)
Le maire sortant développe sur Instagram un récit structuré : sécurité, gestion de crise (fusillade, squat évacué), investissements (Pasteur 2, télécabines d’Auron), soutien aux soignants… Les formats, parfois longs, s’inscrivent dans une logique de démonstration de son action et de volonté de continuité.

De son côté, @eciotti s’appuie fréquemment sur des faits divers locaux qu’il amplifie à l’échelle nationale, mais aussi sur des tensions internationales qu’il traduit en enjeux locaux. Chez @eciotti, la tonalité sécuritaire domine (qu’il s’agisse du viol commis sous OQTF à Nice ou des violences du Nouvel An dans un quartier de Nice), et les registres local, national et international s’entremêlent : fait divers à Nice évoqué à l’Assemblée nationale, participation à une manifestation sur la Promenade des Anglais en compagnie de franco-iraniens sur la situation en Iran, etc. Ce mélange s’explique par sa double posture de député et de candidat à un mandat local.

Score de Collab Locale :
#1 @cestrosi (53/100) #2 @eciotti (45/100)
@cestrosi met en scène des acteurs identifiés : Abdelhakim Madi aux Moulins, soignants mobilisés, responsables hospitaliers, forces de l’ordre, bénévoles du marathon. Il associe son image à celle d’institutions et de figures locales.

@eciotti mise davantage sur la symbolique : boulistes, militants franco-iraniens sur la Promenade des Anglais, président du Cavigal. La présence locale est réelle mais moins structurée en stratégie de collaboration durable : dans notre corpus de vidéos analysées, aucune n’avait été réalisée avec des influenceurs locaux.

Score de Résonance :
#1 @cestrosi (46/100) #2 @eciotti (43/100)
Les performances des vidéos des deux candidats sont proches. Les contenus les plus vus s’appuient principalement sur l’émotion pour @cestrosi : squat évacué (327K vues) et fusillade à Nice (294K vues). Tandis qu’ils alternent entre émotion et insolite pour @eciotti : manifestation en compagnie de franco-iraniens pour dénoncer ce qui se passe en Iran (345K vues) vs vidéo avec les boulistes (337K vues). Le registre conflictuel reste un moteur puissant de visibilité.

CreatorCred - Synthèse

À Nice, les deux candidats ont intégré les codes des créateurs : formats courts, verticalité, immersion, POV, mise en scène du quotidien. Mais ils peinent encore à les instrumentaliser : les réflexes institutionnels, la parole descendante et les séquences très scénarisées limitent souvent l’authenticité perçue.
Christian Estrosi reste marqué par une parole descendante et des réflexes institutionnels, tandis qu’Éric Ciotti adopte davantage la grammaire créateur, mais au prix d’une ligne éditoriale floue entre local et national.
La relative faiblesse des collaborations locales pèse également sur la performance globale. Or, dans une élection municipale, l’ancrage hyperlocal : visages, quartiers, associations, commerces demeure un levier central pour maximiser le géociblage et élargir l’audience au-delà du socle militant.
Enfin, la notoriété nationale des deux personnalités garantit une résonance forte au-delà de la ville de Nice. Des vues certes nombreuses, mais dont on peut s’interroger sur la portée locale et l’impact sur les électeurs niçois.
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Analyse SocialRama, sources : Instagram, chiffres arrêtés au 21 février 2026
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//// Relire la méta-chronique sur l'élection de Zohran Mamdani :
SocialRamaWatariu Douyin
++++ Les autres villes de la CreatorCred' Municipales 2026 :
SocialRamaMickaël Cordeiro
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