La méta-chronique de cette semaine soulève un enjeu qui sera au cœur du débat des dix-huit prochains mois, avec l’enchaînement des municipales, de la présidentielle, puis des législatives. En intégrant de plus en plus les politiques à leur grille d’invités, les créateurs d’information investissent un terrain miné, pour eux comme pour la démocratie.

Et si l’on croit, comme c’est le cas chez SocialRama, que ces nouveaux médias d’information vont générer des dynamiques de vote, alors plusieurs voies s’offrent à nous : régulation, autorégulation ou absence de régulation.

Comme cela existe pour la télévision et la radio, mettre en place une régulation qui décompte le temps de parole de chacun pour garantir l’équité n’est-il pas la meilleure façon de tuer dans l’œuf l’appropriation du débat politique par les nouveaux médias, et donc l’opportunité d’intéresser une audience d’abstentionnistes ? Et, pratiquement, l’Arcom sait monitorer une vingtaine de chaînes de télévision. Mais peut-elle gérer des centaines de créateurs, diffusés sur plusieurs plateformes et reclippés ?

Si autorégulation il y a, il faut que tous les créateurs soient conscients de leur (grand) pouvoir et de leurs (grandes) responsabilités. Il faut leur donner les clés de compréhension historiques, techniques et algorithmiques de cette responsabilité. La creator economy française a déjà démontré qu’elle savait se fédérer pour rassurer le législateur, que ce soit à travers l’UMICC ou l’ARPP. Mais l’enjeu d’avoir un débat démocratique sur les réseaux n’est-il pas autrement plus sérieux que celui de la transparence des rapports entre marques et influenceurs ?

Enfin, on pourrait estimer que régulation et autorégulation nuisent à la liberté de chacun de consommer le contenu qu’il veut. Mais, dans ce cas, ne nous berçons pas d’illusions. Qui peut encore croire à la neutralité des algorithmes, véritables décisionnaires du contenu qui sera propulsé ?

Au final, la sensibilisation du récepteur n’est-elle pas la seule solution envisageable ? Tous comptes faits, la détection des fake news, la différence entre information, journalisme et connivence, la compréhension du statut de l’influenceur devenu un média relèvent d’une éducation nécessaire. Et assez probablement urgente.

Adrien Vincent

Partager cet article
Le lien a été copié !