En ce 8 février 2026, alors que le 47ᵉ président des États-Unis et son clan s’étaient évertués à polariser la messe sportive œcuménique qu’est le Super Bowl en clashant le porto(néanmoins)américain Bad Bunny, il n’est pas faire offense aux fans de Charlie Puth d’écrire que sa performance de l’hymne national n’était que peu attendue. Voire était vivement critiquée par les fans de feu Whitney Houston, érigée en interprète totémique et indépassable de cet exercice imposé du Super Bowl.

Nous aurions pourtant dû doublement nous méfier. 1. Charlie Puth, malgré son look de comptable à la Dunder Mifflin, est un YouTubeur devenu pop star, issu de la préhistoire de la creator economy 2005-2010 (celle de Natoo, PV Nova et Cyprien en France), et surtout l’un des pionniers de l’émergence du format covers (la reprise et l’arrangement de chansons à succès sur Internet). 2. Son casting n’est pas le fruit du hasard, mais le choix avisé de Jay-Z himself, dont le label Roc Nation est chargé de l’identité musicale du Super Bowl depuis 2019.

Néanmoins, alors que la caméra le met en scène debout devant son clavier Rhodes, personne ne s’attend à une interprétation contestataire de l’hymne américain digne de Jimi Hendrix à Woodstock. Pourtant, en 2 minutes 25 secondes, les arrangements de Charlie, tout en contrepoint rythmique et en résolutions harmoniques, amplifiés par une exécution au cordeau d’un conducteur minuté à la seconde jusqu’au flyover final, imposent aux 125 millions de téléspectateurs américains un moment de concorde sous leur bannière constellée d’étoiles.

Pour preuve : un déluge de vidéos reacts de spectateurs devenus créateurs, submergés par leur élan patriotique, éblouis par la prouesse musicale de Charlie et incrédules devant le talent du réalisateur chargé par la NFL de mettre en scène ce show. Un climax d’émotions synchronisées par la magie de la télévision en direct, qui rappellera aux plus anciens de nos lecteurs l’excitation que nous pouvions éprouver, avant Internet et les messageries instantanées, à partager ces moments télévisés avec nos collègues le lendemain au pied de la machine à café.
En 2 minutes 25 secondes, Charlie Puth, Roc Nation, la NFL et NBC revigorent le serment d’allégeance des téléspectateurs américains à une nation réunie sous un même drapeau et sa République. En 2 minutes 25 secondes, Charlie Puth, Roc Nation, la NFL et NBC démontrent qu’à l’heure de la creator economy et des influenceurs tout-puissants, la production audiovisuelle, quand elle offre ce qu’elle est et ce qu’elle sait faire de mieux : le live, des moyens de production inégalés et l’association avec les meilleurs talents, est encore capable de synchroniser les audiences et de faire le buzz. En 2 minutes 25 secondes, Charlie Puth, Roc Nation, la NFL et NBC infligent un camouflet au 47ᵉ président des États, qu’il souhaitait, en cette soirée du 8 février, Désunis.
Say, can you see, By the dawn's early light, What so proudly we hailed, At the twilight's last gleaming?, Whose broad stripes and bright stars, Through the perilous fight, O'er the ramparts we watched, Were so gallantly, yeah, streaming?, And the rockets' red glare, The bombs bursting in air, Gave proof through the night, That our flag was still there, O say, does that star-spangled banner yet wave, O'er the land of the free and the home of the brave
Francis Scott Key, 1814
+++ Bonus, le Top 5 SocialRama de nos hymnes Super Bowl préférés:
Wynton Marsalis, Super Bowl XX, la Maurice André 1986
Whitney Houston, Super Bowl XXV, la mètre étalon 1991
Back Street Boys, Super Bowl XXXVII, l'improbable 2002
Renée Fleming, Super Bowl XLVIII, l'opéra 2014
Chris Stapleton, Super Bowl LVII, la country 2023
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