Pour un créateur hors du champ politique, la femme ou l’homme politique est un hook comme les autres : un moyen d’émerger au sein des algos et des newsfeeds saturés. Il l’est d’autant plus lorsque son positionnement politique se situe aux extrêmes. Il lui garantit, a minima, un engagement de curiosité de ses followers, au mieux un engagement de combat généré par l’affrontement de militants mobilisés par l’apparition d’une nouvelle ligne de front numérique.

L’apparition de responsables politiques du “bord droit de l’échiquier” dans les talk-shows de nos créateurs mainstream n’appelle donc aucune surprise et ne mérite ni panique morale, ni appel au cordon sanitaire. D’autant qu’ils ne sont pas les premiers créateurs du web à l’avoir fait et que les médias historiques ne s’en sont jamais privés. Au crépuscule du XXᵉ siècle, les décrypteurs des médias se sont d’ailleurs déjà interrogés et inquiétés de l’impact de la politique-spectacle et de la peopolisation du politique sur nos débats publics et nos démocraties.

Mais à l’aube du XXIᵉ siècle, le paysage médiatique, il a changé. Les créateurs ne produisent plus seulement des medias : ils sont devenus des medias. La fusion entre l’individu et l’institution médiatique qu’il construit est totale. Le créateur est le media fait chair. Dès lors, il ne peut plus se prévaloir des protections traditionnelles : ni le respect du pluralisme assurée par l’ARCOM, ni l’abri d’une charte ou d’une ligne éditoriale portée par une personne morale. Sa parole publique lui appartient en propre et l’individu créateur engage sa responsabilité politique personnelle dans ses choix de mise en scène de la femme ou de l’homme politique et de l’éditorialisation de ses idées.
Le risque pris alors est grand. La frontière est fine entre une interview bien intentionnée et la soumission plus ou moins librement consentie à une collaboration politique.
En invitant le politique, l’individu créateur se retrouve malgré lui à répondre à titre personnel à la question : « d’où il parle ? ». En invitant le politique des extrêmes il est celui qui ouvre grand la fenêtre d’Overton aux idées de son invité.

Il se rend ainsi comptable, auprès de ses fans et de l’opinion publique des conséquences de ses contenus, comme en témoigne la récente prise de parole de Joe Rogan, podcaster vedette aux USA, hôte de Donald Trump pendant sa campagne présidentielle et aujourd'hui critique des excès de l'action de l'ICE suite aux événements de Minneapolis.