« Having a place like Europe,
which sometimes is too slow, forshuuure,
and needs to be reformed,
for forshuuure
Emmanuel Macron, Davos, 26 janvier 2026

De nos présidents à nos premiers ministres, la diplomatie française s’est toujours illustrée par sa maîtrise approximative de la syntaxe et de la prononciation de la langue de Shakespeare. « What do you want? Me to go back to my plane and go back to France? » de Chirac en 1996, « Win the “yes” needs the “no” to win against the “no” » de Raffarin en 2005, « Be you, be proud of you because you can be do what we want to do » de Hollande en 2015, ont nourri notre imaginaire collectif de Français nuls en langues étrangères et, pour les diplomates étrangers, a toujours constitué une incarnation supplémentaire de la suffisance française (si bien résumée par le stand-upper Vidura Bandara dans son “France is the Kanye West of countries”).

F. Hollande, Philippines 2015 / J. Chirac, Jérusalem 1996 / J-P. Raffarin, Paris 2005

En ce 26 janvier 2026, en choisissant l’épiphore comme figure de style pour structurer un passage de son discours sur la préférence européenne, il y a fort à parier que la diplomatie française nourrissait l’ambition de faire porter le propos d’Emmanuel Macron au-delà des murs feutrés du Forum économique de Davos.

Elle avait d’ailleurs plongé les audiences internationales dans une dissonance cognitive virale en dotant le président de lunettes façon Top Gun (NDLR: en réalité une paire d'Henry Jullien Pacific S01), déclenchant l’hilarité mondiale et poussant le roi des trolls en personne, Donald Trump, à réagir au narratif d’une France - Europe résistant à l’annexion groenlandaise.

Une viralité qui atteint des sommets lorsqu'elle rencontre les talents piquants de l'IA @Systaime

« Having a place like Europe, which sometimes is too slow, forshuuure, and needs to be reformed, forshuuure

Nous laisserons aux experts en phonétique et aux metteurs en scène le soin de débattre pour savoir si c’est la prononciation, la pause dramatique ou l’emphase qui a constitué le véritable trigger créatif ayant inspiré les créateurs @iambilalhassani 153k vues, @frenchfuse 231k vues, @clara.azina 5.8M vues, @trinixmusic 441k vues et des dizaines d'autres dans un concours de remix et de sketchs.


On notera néanmoins que cette trend festive, foutraque et bruyante, digne d’une classe de 3e en cours d’anglais se moquant de celui qui prend l’accent américain pour répondre à la prof, est portée essentiellement par des créateurs français. Créateurs français qui, dans une geste à la Cyrano de Bergerac, signifient aux créateurs du monde entier qu’au jeu de qui est le mieux placé pour se foutre de la gueule de notre gueule, nous sommes les meilleurs.

Créateurs qui transforment ainsi un discours technique en un moment de l’Histoire de notre diplomatie, digne du discours de Dominique de Villepin à l’ONU pour décourager les velléités américaines en Irak en 2003.

« Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix. Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur. »

For sure.

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